Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

En marche forcée

De nombreux électeurs français affirment n’avoir pas eu le choix au second tour de la présidentielle française: ils ont voté Macron pour éviter Le Pen, sans adhésion au projet ou à la personnalité du nouveau président. Mais au-delà du vote forcé, c’est une politique forcée qui s’annonce.

Forcée car la France n’a plus le choix. Plus le choix de réformer son marché du travail avec d’avantage de flexibilité, elle dont le droit social sclérosé freine les investisseurs étrangers et bride les entrepreneurs. Plus le choix de modifier sa fiscalité afin de soutenir, via des investissements massifs, le décollage d’une «French Tech» prometteuse (BlaBlaCar, Devialet, Sigfox), mais fragile. Plus le choix de réduire le fossé qui se creuse entre des villes-centres dynamiques et des zones rurales et banlieues en crise profonde. Plus le choix de réorienter sa politique de formation et d’éducation qui, à force de vouloir pousser 80% d’une génération vers le bac, a exclu plus de 25% des jeunes du marché du travail (jusqu’à 50% dans les quartiers et certaines zones rurales).

Forcée aussi car rien n’indique que le nouveau président obtiendra une majorité absolue lors des législatives de juin. Le constat du premier tour c’est que quatre forces politiques majeures coexistent en France (Front national, les Républicains, En Marche! et France insoumise), autour de 20%. La perspective de triangulaires voire de quadrangulaires au second tour des législatives devrait traduire cette tendance sur les bancs de l’Assemble nationale, même si la dynamique de l’élection et le scrutin majoritaire pouvaient donner une majorité relative aux partisans d’Emmanuel Macron. Mais il semble probable que le futur Parlement soit très éclaté et que le président et son gouvernement doivent gouverner par décrets ou légiférer sans passer devant les Chambres, comme l’autorise l’article constitutionnel 49.3. Une forme de législation forcée.

Certains, à droite comme à gauche, préparent déjà les banderoles pour un «troisième tour dans la rue» (après le premier tour présidentiel et le second tour des législatives). Mais leurs démonstrations de force pourraient ne pas être efficaces: les foules de la Manif Pour Tous et des syndicats contre la loi El Khomri ont vu leurs hérauts battus au premier tour de la présidentielle. Celui qui, au contraire, était embarqué dans «une aventure solitaire» (de l’avis de tous ses détracteurs) a su forcer le destin…

L’homme a aussi su s’ouvrir un avenir présidentiel. En chantre du pragmatisme, mais en restant soigneusement flou et évasif sur certains points de son programme, il s’est hissé à l’Elysée. Son prochain défi est d’obtenir une majorité à l’Assemblée. Afin de forger plutôt que de devoir forcer une politique à la hauteur des attentes d’un pays et de ses habitants.

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