Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Ad hominem, ad personam, ad patres

Pour les programmes et les arguments: circulez, il n’y a rien à voir! La campagne électorale française atteint des sommets dans les attaques personnelles, et des abysses en termes de programmes et de débats de fond. Pourtant, tout semblait avoir bien commencé avec les primaires, à droite comme à gauche: des programmes variés et étayés avaient émergé, relayés lors de débats animés.

Mais depuis le lancement de la campagne effective, le débat a laissé la place aux éclats. Eclats judiciaires pour plusieurs candidats. Mais surtout éclats de voix des attaques personnelles. Depuis plusieurs semaines, critiques, piques et coups bas se multiplient, étouffant l’indispensable débat de fond que mérite la France. Certes, le procédé n’est pas nouveau: les critiques du camp chiraquien sur la trahison d’Edouard Balladur en 1995, ou celles de Lionel Jospin sur l’âge du même Jacques Chirac en 2002 avaient amorcé la tendance. Mais le débat de fond restait prédominant. Même en 2007, la campagne très clivante s’était focalisée sur les enjeux sécuritaires mis en avant par Nicolas Sarkozy et le concept de «démocratie participative» prôné par Ségolène Royal.

En 2017, tout est balayé. Depuis mi-janvier, les attaques personnelles s’enchaînent. Ad hominem et ad personam, comme les distinguait Arthur Schopenhauer en 1864 dans La dialectique éristique. «Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers», expliquait le philosophe allemand au sujet des attaques ad hominem. Quant aux attaques ad personam: «Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas, d’une certaine façon et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant.» 

Ridicules querelles

Ces dernières semaines, les petits candidats attaquent les gros, leur reprochant de monopoliser le temps de parole. Le centre attaque la droite et l’extrême droite, laquelle répond. La gauche se déchire. L’extrême droite flingue tous les gros. Et même à l’extrême gauche, on se tire dans les pattes sur des querelles ridicules. Mais (presque) toujours entre personnes, presque jamais sur le programme: malhonnête, immature, hypocrite, hologramme, épouvantail, raciste, doux rêveur, voleur… les mots doux se multiplient.

Et quand les candidats se plaignent que les médias les interrogent sur ce point, négligeant le fond, ils oublient que leurs meetings sont désormais filmés et accessibles: discours et éclats s’y focalisent sur les adversaires, reléguant les programmes à la portion congrue. Hypocrisie, vous avez dit? En 2017, on ne se présente plus pour se qualifier mais pour disqualifier les adversaires. Avec le risque d’envoyer la démocratie ad patres… 

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