<p>Entrepreneur</p>

Patrick Delarive est un entrepreneur vaudois actif dans la gestion de fortune, l'immobilier et le showbiz.

Mathias Tüscher, militaire militant

Garde à vous! Je vous présente Mathias Tüscher, le commandant de la brigade d’infanterie 2 de notre armée. Tôt le matin pour moi – tard pour lui, levé à l’aube comme tous les jours –  j’arrive à la caserne de Moudon où j’espère percer les secrets d’un officier général. On m’accompagne au pas de charge vers le bâtiment principal. A la porte, mon sujet étoilé du jour, le brigadier Tüscher, se tient droit en m’observant sérieusement, le sourire aux lèvres. Il est accompagné par un officier de milice, responsable de sa communication. Alors que je lui serre la main, des dizaines d’hommes de tous grades passent à côté en le saluant formellement. Je n’existe pas. 

Nous nous installons dans une salle de cours et commençons notre entretien de manière très informelle. J’ai l’impression d’être devant un homme d’affaires. Rasé de près, une Rolex en acier au poignet, le Scorpion Tüscher me raconte sa vie, sa carrière. Ce père de deux enfants, dont l’épouse travaille à la BCV, est né il y a quarante-neuf ans à Lausanne. Son père pasteur lui a transmis de fortes valeurs qu’il applique dans son quotidien. 

L’armée, c’est une histoire qui a commencé comme tout le monde avec l’école de recrues. C’était en 1987. Après des études en sciences politiques à l’Université de Lausanne, il devient caporal, puis lieutenant. En 1991, à l’âge de 25 ans, il est l’un des plus jeunes commandants de compagnie du pays. Les années passent, il monte en grade. Il effectue trois masters, à l’EPFZ, à l’Institut royal supérieur de défense à Bruxelles et au Centre de politique et sécurité à Genève. 

Notre brigadier travaille beaucoup, 70 heures par semaine. Sans compter une activité permanente de représentation. «J’ai une femme tellement exceptionnelle», me dit-il en souriant, visiblement ému. Il s’estime être à l’abri de la pauvreté mais surtout de la richesse, je cite. Vocation n’est pas argent! Mathias Tüscher fait partie de la trentaine d’officiers généraux de notre pays.

Il dirige 7 bataillons, soit 6000 hommes dans sa brigade, pratiquement tous des miliciens. Du personnel temporaire, en fait. Tout cela sur le terrain, de jour comme de nuit, et depuis son bureau permanent de Saint-Maurice. Ce lieu n’est pas le fruit du hasard. Saint-Maurice est en effet le saint patron de l’infanterie.  

On ne discute pas les ordres

Un moment particulier de sa carrière militaire aura été son job d’aide de camp du chef de l’armée en 2013. Durant six mois, il a été dans l’ombre du big boss: «Des journées qui débutaient à 6 h 30 et qui ne se terminaient jamais avant 23 h.» Vingt-cinq rendez-vous de trente minutes à préparer, assurer le suivi, plus les urgences. Passion. 

Mathias Tüscher est un homme qui aime les hommes qu’on lui a confiés. Il estime que notre système de milice vaut avant tout par le fait que le soldat suisse est le plus intelligent du monde, même s’il ne le démontre pas tous les jours. Il considère que l’armée est l’un des principaux ingrédients de notre capacité à intégrer les étrangers devenus Suisses. A cet égard, il constate un engagement exceptionnel de ces nouveaux citoyens. Sur notre force de défense, passée en vingt ans de 725 000 à 200 000 hommes –  et bientôt à 100 000 – Mathias Tüscher est dans le respect absolu du politique pour qui il exécute. Il est soldat, il ne discute pas les ordres. Non sans relever que les menaces évoluent et que nous devons nous adapter rapidement. 

Avant de le quitter, je lui pose encore deux questions. A celle de savoir s’il aurait fait une carrière militaire dans une armée engagée dans des conflits armés, il répond humblement qu’il se pose souvent la question. Et sur ses projets futurs, il se verrait bien attaché de défense dans une capitale étrangère. Je m’annonce partant. «Repos. Départ.» Vive la Suisse!

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