Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Végétarisme versus montée du populisme

N’est-ce pas curieux? A l’heure où les replis nationaux, la peur de l’avenir et le souci du maintien des acquis n’ont jamais été aussi forts, l’intérêt pour les courants végétariens est en plein essor. En Suisse, comme en Europe et aux Etats-Unis, un sentiment croissant de compassion pour le monde animal conduit toujours plus de consommateurs à renoncer ou à diminuer leur consommation de viande. Les écrivains qui défendent la cause animale trouvent leur public. Le romancier américain Jonathan Safran Foer s’est distingué avec un livre virulent en 2011 Faut-il manger les animaux?

Le moine bouddhiste Matthieu Ricard a obtenu un beau succès de librairie avec son ouvrage Plaidoyer pour les animaux. Fin 2016, Règne animal glaçait le sang de son lecteur en dénonçant la barbarie des élevages industriels. Son auteur, Jean-Baptiste Del Amo, appartient à l’Association L214. Baptisée d’après l’article L214-1 du Code rural français dans lequel les animaux sont pour la première fois désignés comme des «êtres sensibles», cette organisation est connue pour ses enquêtes chocs dans les abattoirs. 

De grands chefs prennent leurs distances avec les produits carnés. Alain Ducasse est allé jusqu’à supprimer la viande de la carte du Plaza Athénée à Paris. En gastronomie, «From nose to tail» est le nom d’une nouvelle tendance liée au souci de l’environnement. Cette expression lancée par le chef britannique Fergus Henderson désigne l’art de cuisiner l’entier de l’animal. Or, en Occident, on ne mange que les morceaux les plus nobles, au prix d’un énorme gaspillage de valeur. Le cuisinier utilise cette formule: «Si vous êtes sur le point de tuer un animal, il ne serait que simple politesse d’utiliser l’entier de la bête.» Soutenu par Migros et l’association faîtière Proviande, le concept est décliné dans différents événements culinaires à l’échelon national.

En philosophie, les anciens se sont employés à démontrer combien l’homme était différent et supérieur aux animaux. Né dans ce sillon, l’humanisme anthropocentrique défend l’idée que l’être humain constitue une exception dans le règne animal. Cette conception prospère dans la tradition judéo-chrétienne qui place l’homme au centre de la création. Notre civilisation a connu quelques décennies d’abondance au cours du XXe siècle. Puis, les taux de croissance se sont érodés. Aujourd’hui, tout indique que notre monde a déjà dépassé son apogée matériel. Dès lors, deux réponses émergent aux extrêmes. Privilégier, dans un souci de durabilité, un respect pour la cause animale qui va jusqu’à descendre l’homme de son piédestal. Ou, de l’élection de Donald Trump au vote du Brexit, ériger l’égoïsme en projet politique gagnant.

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