Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Le Röstigraben du coronavirus

«Perdue et comme sous l’emprise de la drogue, la Suisse doit se réveiller de son coma», écrit Roger Köppel

Si la population helvétique s’est rarement sentie aussi unie qu’en ces temps de pandémie du coronavirus, force est de constater qu’une fois encore, les sensibilités divergent de part et d’autre de la Sarine. Partisans du primat de l’économie, les Alémaniques piaffent d’impatience face à des restrictions devant protéger la population qui tardent à être levées. En face, les Romands et les Tessinois, davantage touchés par le fléau, ont réclamé durant plusieurs semaines des mesures plus strictes et s’accommodent très bien d’un retour graduel à la normale. Une attitude qui s’inscrit dans une culture latine où l’on compte davantage sur le soutien de l’Etat pour régler les problèmes.

Vies humaines vs économie

Le Röstigraben est flagrant dans le secteur de la construction. Parmi les cantons les plus sévères, Vaud a convenu d’une procédure qui demande aux entreprises de démontrer qu’elles respectent les normes sanitaires. Une quinzaine d’inspecteurs du travail ont pour mission de fermer les chantiers non conformes. A Zurich, de nouveaux chantiers ne cessent de démarrer dans l’indifférence générale. Il est seulement demandé aux ouvriers de faire attention à la distanciation sociale.

Ce clivage se retrouve au niveau européen. Chroniqueur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung basée à Genève, Jürg Altwegg notait que les pays latins sont avant tout préoccupés par la question sanitaire, l’Allemagne et les pays nordiques se montrant en revanche davantage soucieux des enjeux financiers. Ainsi, la Suède a préféré laisser tourner ses cafés et ses commerces durant la crise, misant sur une immunisation de la population. Le Danemark et la Norvège ont déjà rouvert les écoles. L’Autriche est sortie du confinement dès la mi-avril. Mais côté latin, mettre en balance vies humaines et pertes économiques constitue un tabou. Comme en Italie, où le confinement s’éternise.

Parangon de la droite alémanique dure, le conseiller national zurichois UDC et rédacteur en chef de la Weltwoche Roger Köppel n’a pas de mots trop durs pour fustiger la politique du conseiller fédéral socialiste fribourgeois Alain Berset. On se souvient de la fameuse couverture de la Weltwoche désignant les Romands comme les «Grecs de la Suisse» en 2012. Huit ans plus tard, toujours aussi haineux et obsédé par le gaspillage des deniers publics, Roger Köppel met en doute les données scientifiques qui plaident pour une prolongation des mesures et un assouplissement progressif des mesures jusqu’au 8 juin. «Le confinement coûte à l’économie 500 millions de francs par jour. Il faut maintenant consentir à des compromis difficiles. Perdue et comme sous l’emprise de la drogue, la Suisse doit se réveiller de son coma», écrit-il dans son dernier éditorial.

Finalement, même le coronavirus est soluble dans le Röstigraben.

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