Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Heureux qui comme Ulysse…

A l’heure du brexit, la convalescence de la Grèce et sa réconciliation avec l’UE ont valeur de symbole

Il y a de la lumière au bout du tunnel, même si ce tunnel a été très long pour le peuple grec. Dix ans se sont écoulés depuis le début de la crise de la dette en 2009. C’est le même temps qu’il a fallu à Ulysse pour retrouver l’île d’Ithaque, après la guerre de Troie. Le premier ministre Alexis Tsipras a ainsi parlé d’une «odyssée des temps modernes» pour définir cette douloureuse décennie. En août dernier, la Grèce s’est libérée du programme d’assistance financière dont elle dépendait depuis huit ans. Le pays renoue aujourd’hui timidement avec la croissance, et le chômage, qui avait bondi à 28%, est retombé sous la barre des 20%. Si quelque 500 000 jeunes se sont exilés, privant la société de ses éléments les plus dynamiques, une nouvelle génération s’illustre par son esprit d’innovation et sa créativité. L’effervescence qui règne à Athènes montre que la Grèce a retrouvé foi en son avenir.

Ce tour de force est à saluer à deux titres. D’abord, la population a montré une résilience et un courage remarquables. Ensuite, l’Union européenne (UE) a prouvé son aptitude à surmonter les crises, ainsi que sa nécessité même. La zone euro a frôlé la banqueroute mais l’a évitée. Le chaos économique et l’échec politique qui auraient découlé d’un Grexit nous ont été épargnés. Formée du FMI (Fonds monétaire international), de la BCE (Banque centrale européenne) et de la Commission européenne, la troïka a joué de la carotte et du bâton des années durant. Cette tutelle a été très mal vécue en Grèce. L’Allemagne d’Angela Merkel a été chargée de tous les maux, mais les liens ont tenu, malgré les volte-face de la coalition de gauche Syriza, arrivée au pouvoir en 2015. Elu sur la promesse de mettre fin à l’aide financière extérieure, Alexis Tsipras a dû faire marche arrière et accepter un ultime plan d’assistance draconien pour éviter la faillite du pays. Les Grecs le surnomment cet homme de gauche le roi de la «kolotumba», la cabriole.

Il est heureux qu’en cette année d’élections européennes et présidentielles en Grèce, la situation se soit enfin apaisée. Dans un accès d’optimisme, on se permettrait même d’espérer que cette embellie économique symbolique fasse reculer les tentations identitaires, représentées dans ce pays par le mouvement d’extrême droite Aube dorée. A l’heure où la Grande-Bretagne peine à rompre avec Bruxelles malgré la votation du Brexit, la convalescence de la Grèce et sa réconciliation avec l’UE ont valeur de symbole. Dans un monde devenu multipolaire, l’Europe a plus que jamais besoin d’union pour peser face à l’autorité des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Les divisions entre pays du nord et du sud du Vieux-Continent sont non seulement contreproductives, mais aussi dangereuses. Une période d’apaisement serait un épilogue bienvenu à cette odyssée européenne.

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