Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Femmes leaders: la longue marche

Certes en Suisse, la société évolue plus lentement qu’ailleurs. Sur la question de la diversité de genres aussi: l’accession des femmes au pouvoir économique a tout d’une longue marche, comme l’atteste une récente étude du Peterson Institute et d’Ernst & Young. Dans notre pays, à peine 9% des administrateurs et 8% des membres des comités de direction sont des femmes. Ces proportions placent la Suisse respectivement au 42e et au 56e rang des 59 pays analysés. «La rareté des femmes managers constitue un problème pour les sociétés qui s’engagent dans le soutien des carrières féminines. Dès qu’une femme devient partenaire chez nous, elle est débauchée par d’autres compagnies qui l’appellent à siéger dans leur conseil», témoigne Bruno Chiomento, président d’Ernst & Young Suisse. 

L’expert d’origine bâloise connaît bien les moyens de remédier à ce problème. L’introduction d’objectifs réalistes et mesurables au sujet des pourcentages de femmes à des postes de décision est un facteur de motivation essentiel. Les sociétés doivent aussi soutenir les carrières féminines par des programmes de leadership, exiger que les cadres dirigeants jouent un rôle de mentor et lutter contre des préjugés souvent inconscients.

Répertoriées dans la littérature, ces mesures font partie du bagage courant des professionnels des ressources humaines. Or, en Suisse, on continue à entendre des arguments comme: «Les femmes manquent d’ambition. Elles ne s’annoncent pas pour briguer des postes de direction.» Messieurs, vous refuseriez aussi de vous battre pour entrer dans des cénacles dont les membres se cooptent depuis toujours, sur la base de réseaux dont vous êtes exclus. 

Bientôt le bâton?

En 2007, un fameux rapport McKinsey établissait que les entreprises où les femmes sont les plus nombreuses au sommet de la hiérarchie réalisent de meilleures performances. D’autres études ont démontré depuis des écarts allant jusqu’à 15% de la valeur boursière. Comme le dit Bruno Chiomento: «Une entreprise moderne ne peut se résoudre à renoncer au potentiel des talents féminins.» Recruter des femmes se révèle un vecteur de compétitivité. Pour y parvenir, il ne suffit pas d’applaudir les bons résultats ou d’organiser des initiations au networking. Les firmes doivent être proactives. Identifier de jeunes talents, les encourager puis les fidéliser. Il ne faut pas sous-estimer leur volonté d’être pionnières dans un monde où les femmes font souvent figure de créatures exotiques.

Par son immobilisme, l’industrie helvétique se trouve aujourd’hui face au choix de la carotte ou du bâton. Si, en dépit des encouragements polis de la société civile, la proportion de femmes dans les cercles de décision ne progresse pas, les acteurs politiques vont finir par imposer des quotas. De quoi contrarier durablement les cercles économiques. 

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