Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

EconomieSuisse en perte de vitesse

L’époque où il suffisait de tonner «la Suisse va perdre des emplois» pour gagner une votation semble révolu

Le 29 novembre 2020, l’initiative «Entreprises responsables» a été rejetée. Certes, une majorité de cantons ont dit non, scellant son échec. Mais 50,7% de la population l’a acceptée. Un résultat inimaginable il y a une quinzaine d’années. Ce score révèle que le primat de l’économie sur lequel repose le consensus helvétique s’est érodé. Et avec lui, le pouvoir du lobby économique faîtier: EconomieSuisse. Cette dernière est née en 2000 de la fusion entre la Société pour le développement de l’économie suisse et l’Union suisse du commerce et de l’industrie (USCI), appelée Vorort en allemand. Créée en 1870, l’USCI a pour mission de défendre les intérêts du patronat dans les négociations entre partenaires sociaux. Et plus largement, de promouvoir les intérêts du commerce et de l’industrie. Son influence a longtemps été énorme. «Le Vorort s’emploie à guider la Confédération dans sa politique du commerce extérieur», rappelle la NZZ am Sonntag, dans un intéressant article qui pointe le déclin de ce lobby. Au XIXe et au XXe siècle, l’USCI s’est employée avec succès à faire lever les barrières à l’économie d’exportation. Son pouvoir est tel que le patron du Vorort est surnommé le «huitième conseiller fédéral».

La NZZ am Sonntag souligne que jusqu’au mandat de Pascal Couchepin à la tête du Département de l’économie (1998-2002), des représentants du Vorort rencontraient les hauts fonctionnaires régulièrement et dans la plus grande discrétion. La Suisse était alors dirigée par un cercle fermé de quelques hommes, essentiellement zurichois et radicaux. Mais dès les années 1990, le monde change: avec la chute du mur de Berlin et la mondialisation, un libre-échange quasi généralisé s’installe. En Suisse, la montée de l’UDC met à bas la suprématie du Parti radical (devenu Parti libéral-radical) dans les milieux économiques. On a vu cet automne les associations Swiss Retail, Avenergy et Auto-Suisse quitter le giron d’EconomieSuisse. Une adhésion qui leur coûtait cher pour pas grand-chose, selon leurs représentants. Porte-voix historique du Parti radical et des intérêts économiques, la Neue Zürcher Zeitung a chroniqué ces défections, suscitant la grogne au sein de l’association. Déboussolés, les milieux patronaux se plaignent que «même la NZZ n’est plus fiable», rapporte cette même NZZ.

La fin des organisations faîtières?

L’époque où il suffisait à EconomieSuisse de tonner «la Suisse va perdre des emplois» pour gagner une votation semble révolu. De leur côté, les multinationales financent maintenant individuellement d’énormes services de relations publiques pour défendre leurs propres intérêts. Elles ne se reposent plus sur le travail d’une fédération. Tout se passe comme si les organisations faîtières avaient fait leur temps. Et avec elles, une certaine Suisse du passé.

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