Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Chine: bâtir des ponts plutôt que des fossés

Les acquéreurs chinois n’ont pas pour habitude d’interférer dans le management des entreprises qu’ils reprennent

L’acquisition de l’agrochimiste helvétique Syngenta par le géant chinois ChemChina, en 2016, avait causé une onde de choc en Suisse. Des sociétés chinoises ont maintenant mis la main sur des fleurons emblématiques comme Bally International (2018), les meubles Lista Office (2019), les marques horlogères Eterna (2013) et Corum (2013). Les gourdes en alu Sigg, le Palace de Lucerne, le groupe Swissmetal aussi naviguent sous le pavillon chinois. Craignant une razzia continue d’entreprises par l’Empire du Milieu, les acteurs politiques et économiques helvétiques débattent régulièrement de la création d’instruments destinés à restreindre l’accès des intérêts chinois au marché domestique. Une pratique protectionniste que met aussi de son côté en œuvre Pékin, afin de préserver son économie des investisseurs extérieurs.

Or, selon le bureau de conseil EY, les investissements chinois en Suisse se sont raréfiés depuis 2016, l’année du boom. Principale raison: une situation économique difficile, plombée par le conflit commercial avec les Etats-Unis. Les conglomérats présents sur le marché helvétique sont en outre occupés à intégrer les sociétés acquises et de nouvelles acquisitions ne sont pas à l’ordre du jour. L’appétit de la Chine s’est apaisé de lui-même. Limiter les emplettes chinoises n’a plus guère de sens. Il faudrait même plutôt les encourager. 

Derrière l’Union européenne et les Etats-Unis, l’Empire du Milieu représente le troisième marché d’exportation pour l’économie suisse. Certes, nous sommes tous conscients des ambitions de la Chine. Le président Xi Jinping revendique ouvertement l’ambition de prendre le leadership mondial, autant en matière de force économique que d’influence. 

Diversification réjouissante

Toutefois, mais sans tomber dans l’angélisme, il faut souligner que les acquéreurs chinois n’ont pas pour habitude de faire subir de restructurations drastiques aux entreprises qu’ils reprennent. S’intéressant avant tout au savoir-faire et au prestige, ils évitent en général d’interférer dans le management local. 

En cela, ils sont très différents des compagnies américaines et des fonds d’investissement internationaux. Avec des objectifs financiers à court terme en tête, ceux-ci sont prêts à anéantir tout un patrimoine industriel pour s’assurer quelques gains en bourse. La reprise des sites d’Alstom en Suisse par l’américain General Electric s’est ainsi soldée par d’importantes suppressions d’emplois.

Bâtir des ponts avec la Chine au lieu de creuser des fossés serait à l’avantage de la Suisse. Alors que les intérêts américains contrôlent un tiers de la capitalisation boursière totale des entreprises du SMI, une pincée de diversification offerte par des investisseurs des pays émergents s’avère réjouissante.

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