Marjorie Thery

JOURNALISTE À BILAN

Une crise programmée?

Aujourd’hui, la petite phrase qui fait mouche l’emporte sur un discours technique et consensuel

Autant le dire tout de suite: je ne suis pas PLR, ni membre d’aucun parti d’ailleurs, même si je me sens naturellement assez proche du centre droit… Crise ou pas, le centre droit est en tout cas l’objet de critiques virulentes dans les médias ces dernières semaines. Plusieurs facteurs participent à expliquer ce désamour. J’en vois au moins trois.

La structure intellectuelle

PLR et centre droit souffrent d’un double handicap dans le monde de 2018: premièrement d’être au centre de l’échiquier politique, ce qui de facto limite les positions très tranchées et les grandes envolées lyriques, réservées plutôt aux extrêmes. Deuxièmement, le cerveau d’un libéral est, par construction, celui qui a le moins tendance à vouloir «normer» le monde qui l’entoure, car c’est un disciple historique du «laisser faire». En quoi est-ce un problème? Ce n’est plus adapté à l’espace public 2.0. Aujourd’hui, il faut donner son avis sur tout: à l’heure des réseaux sociaux, le commentaire surpasse l’analyse et les faits. Le marché dérivé des idées, celui de la critique, semble ainsi être devenu plus important que le marché primaire, celui de la proposition. C’est la petite phrase qui fait mouche qui remporte la mise, au détriment d’un discours technique et consensuel.

Le terreau économique

L’un des problèmes du centre droit, à mon sens, se trouve aussi du côté économique, ses préoccupations n’étant plus forcément en phase avec le quotidien de la population, en particulier celui de la génération Y, sans même parler de la Z. Depuis la crise financière, la classe moyenne s’est effritée et les salaires réels n’ont quasiment pas augmenté en dix ans. En revanche, le prix des actifs, comme l’immobilier, a continué sa croissance soutenue. Ainsi, comment intéresser les moins de 35 ans à la problématique de l’imposition de la valeur locative par exemple, alors même que la perspective de l’achat d’un bien immobilier leur semble inaccessible? 

Le règne de l’image

Enfin, un autre facteur aggravant dans ces affaires concerne l’image, c’est-à-dire les photographies. Des articles étaient titrés: «Des images inédites précisent les rencontres de Barazzone à Abu Dhabi.» Sauf qu’une poignée de main ne précise pas grand-chose. Suffit-il d’un cliché pour être présumé coupable? Cette logique est d’autant plus inquiétante que photomontages et fausses vidéos pullulent sur le web. Mais le cerveau humain est encore au stade où pour lui, photo égale réalité objective. Enfin, un peu de recul s’impose: les photographes ne sont pas là où se déroulent les plus grosses affaires de corruption… Tout se passe la plupart du temps dans l’ombre, et non lors d’événements remplis d’officiels et d’hommes d’affaires.

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