Deschenauxmarie

Analyse de stratégies de communication

Post graduée en communication, Marie Deschenaux a réalisé de nombreuses opérations de communication de grandes envergures ; elle s’est vue notamment confier des mandats par Médecins sans Frontière (MSF), la RTS, l'Université de Genève, le Parlement européen de la jeunesse pour l’eau (État de Vaud), Terre des hommes,...

Passionnée par les sciences humaines, la psychologie et l’actualité, les relations publiques se sont imposées à elle comme un outil pour comprendre, analyser et mettre en place des opérations qui mettront en lumière des actions ciblées via différents canaux.

Aussi à l’aise en talons qu’en baskets, cette boulimique de travail est convaincue que l’information provient du terrain et qu’une stratégie de communication doit être flexible.

C’est lors de ces voyages que Marie constate que la communication joue un rôle central dans notre société. En parallèle de ses activités, elle dirige deux cours pour les futurs spécialistes RP pour les comptes du Sawi et l’ESM.

Shutdown: comment Nancy Pelosi a battu Donald Trump

La bataille du Shutdown a été sanglante entre Trump et les démocrates. Et c’est Nancy Pelosi, cheffe de file de l’opposition à l’«uber-président», qui l’a gagnée. Elle a même donné une leçon de stratégie politique et de communication à la Maison-Blanche. Analyse.

Le 22 décembre 2018, Donald Trump n’en démord pas: le président américain exige 5.7 milliards de dollars pour construire son mur anti-immigration à la frontière mexicaine. Excédé par la résistance des démocrates, de nouveau majoritaires à la Chambre des représentants depuis les élections de mi-mandat de novembre 2018, le républicain provoque alors le shutdown. C’est la paralysie partielle de l’administration fédérale. Une partie des fonctionnaires n’est plus payée. 

Trump joue la politique du pire pour contraindre ses opposants à lui céder. Une technique habituelle pour ce businessman qui a imposé l’image d’un homme qui ne plie pas face à l’adversité. « Quand quelqu’un vous attaque, ripostez. Soyez brutal, soyez féroce », répète-t-il à l’envi. Or, le locataire de la Maison Blanche va perdre cette bataille face à Nancy Pelosi, nouvellement réélue présidente de la Chambre des représentants. La figure de proue du parti démocrate et surtout la femme la plus puissante des Etats-Unis lui donne même une leçon de stratégie politique et de communication que nous allons décrypter. 

Aucun hasard à vrai dire. Pelosi est elle aussi un animal politique. Fine stratège, elle est aussi sans pitié. Sa fille la décrit même comme quelqu’un qui peut «vous arracher la tête sans même que vous vous rendiez compte que vous saignez.» 

Cette féministe catholique de Baltimore a senti que Trump lui offrait là une formidable opportunité de voir sa cote de popularité grimper en flèche et de réhabiliter l’image des démocrates auprès des citoyens américains.

Mieux, Madam Speaker possède plusieurs atouts de taille à Washington: elle a le cuir solide, elle n’a aucune volonté présidentielle, elle est insensible à la guerre des égos que se livrent d’autres politiciens et elle est capable de créer des alliances solides, notamment avec Chuck Schumer, leader démocrate au Sénat. 

Alliance qui va lui servir à pilonner la communication de Trump, lui qui est pourtant bien rodé dans ce domaine. Le président est en effet avant tout un homme de télévision. Trump, c’est même une marque qui exaspère, qui choque mais qui surtout se vend. Sa télé-réalité «The apprentice» était suivie chaque semaine par des millions d’Américains. Trump y prononçait devant les caméras de NBC, son fameux: «You’re fired !», le doigt pointé en direction de la personne désignée. Une violence qui a fait le personnage. Cependant, comme souvent en personal branding, le besoin d’y recourir masque un cruel manque de réelles capacités. 

Son élection à la présidence n’y changera rien. Au diable les conventions, Donald twitte et le reste lui est bien égal. Une politique court-termiste qu’il s’emploie à appliquer en politique intérieure comme sur le plan international quitte à provoquer des tensions globales et profondes. Son programme politique est simple et direct: «Make America great again». 

Pelosi va, elle, jouer la carte du sérieux et des institutions pour démontrer aux électeurs américains qui tient la baraque à Washington. Lors de leurs différentes rencontres, Pelosi s’adresse au président selon la formule consacrée «Monsieur le Président». Trump, quant à lui, outrepasse les conventions en l’appelant Nancy. Elle balaie cette provocation en gardant sa ligne de conduite. Elle reste sur le terrain diplomatique et non dans la cour d’école. Elle prend de la hauteur et le prend de haut. Donald Trump essuie son premier affront. 

Chuck Schumer lance lui aussi son offensive. Il prend un ton paternaliste pour rappeler à Trump que le shutdown est sa décision, avant que Pelosi ne déclare devant les médias: «Trump va nous offrir pour Noël la paralysie du gouvernement». Habile manœuvre du duo démocrate qui oblige Trump à en endosser la responsabilité face au grand public. 

Donald Trump fulmine sur twitter. Il tombe dans le piège des démocrates. Pendant ce temps, Pelosi garde une impavide position diplomatique et laisse Trump se débattre dans son capharnaüm de communication. 

Plus les jours passent et plus Trump perd pied. Il n’arrive pas à faire porter le chapeau du shutdown aux démocrates. Et il en vient à mentir effrontément: «La plus grande partie du mur a déjà été complètement rénovée ou construite», lance-t-il. C’est faux. Il le sait. Chuck Schumer le cloue alors après une énième dérobade de Trump: «Nous avons assisté à un nouveau caprice du président parce qu’il ne pouvait pas obtenir ce qu’il voulait, il est parti». Caprice, le mot est lâché.

pastedGraphic.png

Pire, Trump perd la face à l’international. Il doit annuler sa venue au World Economic Forum (WEF) de Davos. Fâché, le président attaque tout ce qui bouge sur le réseau de l’oiseau bleu. Et il s’en prend à Pelosi qui lui demande de reporter la date de l’ouverture du gouvernement. Donald Trump touché dans son orgueil de mâle Alpha riposte dès le lendemain en annulant le voyage de Pelosi. Voyage qu’il qualifiera de relations publiques. Les équipes de the Speaker devaient en effet se rendre en Belgique puis en Afghanistan.

Arrive le coup de grâce. Des milliers de fonctionnaires américains pris en otage à cause d’un mur que beaucoup jugent inutile et sans revenu à cause d’un caprice font pencher la balance de l’opinion publique. Ils se manifestent sur des vidéos online et les réseaux sociaux pour protester contre leurs conditions de vie de plus en plus précaires. Ils témoignent de leur situation devenue critique. Ils parlent de l’arrêt de leur couverture d’assurance maladie, de traitements interrompus, de l’impossibilité de se nourrir… Un comble pour ce président qui voulait remettre les Américains au centre des préoccupations de son pays. 

Trump a perdu la bataille. Il le sait. A l'issue de 36 jours d’intenses échanges, le président revoit sa copie en acceptant de mettre fin au shutdown. C'est depuis les jardins de la Maison-Blanche que Trump l’annonce, Pelosi, quant à elle, fait savoir qu’elle n’est pas prête à négocier sur ce mur qu’elle a en tout temps qualifié d’immoral.

Les républicains se sentent trahis à l’instar de la très critique éditorialiste Ann Coulder qui se fend d’un tweet traitant le président des États-Unis de «mauviette». Le discours sur l’état de l’Union de Trump résonne alors comme un appel à la trêve. Il appelle à faire des compromis: Pelosi postée juste derrière lui applaudit avec une mimique qui traduit un sarcasme assumé: «Bravo, tu commences à comprendre», semble-t-elle dire au président avant tout de même de rassurer ses partisans sur sa volonté de construire un mur. Pelosi secoue une nouvelle fois la tête. Geste très remarqué. Sans prononcer un mot, elle a su voler la vedette à un Trump qui semble se débattre dans le piège qu’il s’est lui-même tendu. 

Joe Raedle/ Getty Image / AFP
Joe Raedle/ Getty Image / AFP

Pour éviter un nouveau shutdown, la Chambre des représentant a annoncé, lundi qu’un accord a été trouvé entre les deux partis. 1.3 milliard de dollars: c’est la somme que le Congrès octroie pour renforcer sa sécurité aux frontières. Les démocrates jouent la carte de la prudence. Pelosi en acceptant ce montant, espère ainsi éviter le « National Emergencies Act» qui autorise le président à contourner le Congrès. 

Le budget alloué n’arrive pas à convaincre un Trump qui se projette déjà sur les présidentielles 2020. Il n’en fallait pas plus pour galvaniser un président déjà hors de contrôle. 

Le 15 février, il prononce l’état d'urgence nationale. Cette mesure permet au locataire de la Maison Blanche de contourner le Congrès. Activé lors de grandes catastrophes, le «National Emergencies» envoie un signal très fort aux opposants: le problème à la frontière mexicaine est une préoccupation majeure.  

Nancy Pelosi s’insurge sur Twitter en écrivant qu'il s’agit d’un coup de force d’un président déçu qui est sorti du cadre légal pour tenter d’obtenir ce qu’il veut. Elle accuse le président de mettre en péril précisément la sécurité des Américains. Fidèle à leur stratégie, les démocrates saisissent la commission judiciaire. Trump galvanisé par ce super pouvoir est convaincu de l’emporter devant à la Cour suprême. Une chose est certaine, le combat Pelosi/Trump a encore de beaux jours devant lui .

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."