Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Marchés: la quête des paradis perdus

Après plusieurs vagues de baisses depuis cet été, les marchés ont semblé rassurés par les Minutes de la Fed, la banque centrale américaine. Elles ont confirmé que les membres du FOMC ne sont pas confortables avec l’environnement international et que l’inflation ne dépassera pas les 2% (l’objectif de la Fed) avant 2018… Quid du consensus qui anticipe majoritairement une hausse des taux en mars 2016 ?

La Fed risque de rester "accommodante" encore quelques mois, ce qui semble profiter aux marchés actions. Mais sur ce point, je souhaiterais attirer votre attention sur l’accélération des changements dans les comportements des marchés. 

Au mois d’août, les marchés craignaient qu'une hausse des taux de la Fed n'entraîne une reprise du dollar et un crash des émergents. Après le FOMC, la réunion des membres de la Fed, les marchés ont craint que la banque centrale américaine repousse toute hausse des taux aux calendes grecques, démontrant ainsi que le risque de ralentissement économique pourrait être plus important que prévu. Maintenant, le fait que la Fed puisse être « super-patiente » rassure les marchés… Ces fluctuations, dont le rythme s'accélère, n’augurent rien de bon à court terme.

Si les résistances techniques des grands indices sont clairement "challengées", cela ne remet pas en cause une scénario pessimiste pour les marchés financiers. Le contexte économique mondial se dégrade, la crise syrienne s’aggrave et le risque d’un défaut de crédit augmente. Autant de points négatifs que tout investisseur devrait garder en tête.

La chute pourrait être dure si les marchés actions rattrapent les marchés des obligations « Investment Grade » et « High Yield ». Quand en 2011, les spreads de crédit ont atteint les niveaux actuels, le SP500 a plongé sur des niveaux de 40% sous la clôture de lundi. Le graphique ci-dessous illustre l'état d'apesanteur du S&P500 vs. les spreads de crédit (en échelle inversée).

 

Les trois principaux risques sont :

-          une vague de déception lors de la publication des résultats des sociétés sur le Q3. Aux USA, Alcoa a ouvert officiellement la saison des résultats avec un profit warning... qui a été précédé par ceux de Fedex, Caterpillar, Dupont, Adobe et Yum! Brand.

-          le risque de credit corporate (émergent principalement, mais pas seulement) et étatique (attention au Brésil dont le CDS semble se tendre « légèrement »).

-          enfin, le risque géopolitique, avec par exemple le conflit syrien pouvant devenir un combat entre les forces russo-chiites et américano-sunnites…

 

Mais pourquoi parler de paradis perdu ?

Les commentaires de la BCE, les votes de la Fed, de la BOJ et le dernier avis de la BOE traduisent une volonté (ou une obligation?) de ne plus modifier dans les politiques monétaires à court terme. En reprenant les propos du FMI jeudi, les banquiers centraux n’ont plus de marges de manœuvre, et une catastrophe cross-asset sanctionnera toute erreur.

Ainsi, que sont devenus les arguments des optimistes qui prônaient, en début de ce mois, que les banquiers centraux allaient sauver le monde par une avalanche de QE…? Factuellement, les derniers votes sont sans appel : il n’y aura point de chevalier blanc…

Le corollaire de ce statu quo? Les investisseurs vont devoir accepter de vivre dans un univers de taux bas, avec la déflation comme compagnon de voyage. Ceci induira des changements d’approche, d’allocation et de "business model" pour les établissements financiers et dans le financement de l’économie.

Autre point, alors que le contexte économique se détériore (cf, les statu quos des banques centrales, les commentaires du FMI et de la Banque mondiale), le dernier rebond fut alimenté par les secteurs les plus vendus depuis le début de l’année, sans se soucier de leur cyclicité. Il est frustrant de ne plus compter sur +20% de performance en Europe, mais certains espèrent toujours revoir ces niveaux, alimentant l'effet haussier du short covering. Là aussi, les marchés actions devraient écouter ce que leur disent les spreads de crédits, le shortage du financement en dollar et l’utilisation des réserves de changes comme instruments de stabilisation…

La Chine annoncera son PIB Q3 le 19 octobre, et cette date pourrait rester dans les mémoires. Il ne faut pas oublier que la Chine a été « contrariée » par le report de l’incorporation du Yuan pour au moins un an. L'argument du FMI se concentrait principalement sur le dirigisme encore trop présent pour la fixation des cours des actifs chinois. Je ne serais pas surpris que la Banque populaire de Chine prenne au mot le FMI et laisse flotter (ou couler) le Yuan…

2008 n'a pas été une crise comme les autres: elle a ouvert les portes d'un monde nouveau et la quête des paradis perdus ne fera que nous éloigner de la nouvelle voie que nous devrons emprunter. La stagnation économique et la déflation seront deux des sujets les plus importants de 2016.

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