Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Un tableau passe de Piguet-Hôtel des Ventes au Louvre

Crédits: Piguet, Genève 2016

Tilt! Cela a fait tilt. Mes neurones fonctionnent donc encore. J'ai reconnu le tableau dont il était question le 21 juin, premier jour de l'été, dans «La Tribune de l'art» sous la plume de Didier Rykner. Aujourd'hui attribuée à Sebastián Martínez Domedel (1649-1704), «La mort d'Abel» vient d'être achetée par le Louvre pour une somme inconnue, mais que je suppose coquette, à la galerie Michel Descours de Lyon. Une bonne maison où l'on n'a rien pour rien. Le tableau aurait été acquis, selon ce journal en ligne, en 2016 «auprès d'une fondation suisse». C'est à la foi vrai et faux.

Comment est-ce possible? Très simple. La dite fondation l'a confié à Piguet-Hôtel des Ventes de Genève. Alors assez sale, la toile s'est retrouvée dans les vacations de mars 2016 sous le numéro 956. Elle se voyait prisée entre 3000 et 5000 francs. A la surprise générale, ce sujet tout de même assez sinistre s'envolait à 43 000 francs, somme à laquelle il fallait ajouter les échutes. L'acheteur était Descours, qui l'a présenté après restauration à la Biennale des antiquaires de Paris en 2017. C'est là que l'a repéré le Louvre, dont les collections espagnoles restent sauf erreur gérées par Guillaume Kienz. Celui-ci n'avait donc pas noté le passage du tableau à Genève sous l'attribution, finalement pas si fausse, d'«école espagnole du XVIIe siècle».

A la cathédrale de Séville 

Grâce à la «Tribune de l'art», je sais maintenant que la toile se trouvait jusqu'en 1810 à la cathédrale de Séville sous le nom d'Alfonso Cano. Le maréchal Soult l'a alors réquisitionnée (on dirait aujourd'hui spoliée) pour sa propre collection. Le militaire l'a un temps proposée à la vente au Louvre, qui l'a refusée. Elle figurait du coup à sa vente après décès en 1853, comme Pacheco cette fois. L’œuvre s'est ensuite retrouvée au château de Villandry, là où il y a de si beaux jardins. Elle y est restée jusqu'en 1953, date à laquelle elle se vit vendue. Entre par la suite en jeu la fondation suisse. Une existence bien remplie! Mais le commissaire-priseur Maurice Rheims (la papa de Bettina) avait bien choisi d'intituler son premier livre «La vie étrange des objets»... 

Je profite de l'occasion pour vous dire que Piguet vient de procéder à ses ventes de juin. Tout s'est bien passé. Une petite fille de Anker existant en trois versions a obtenu 280 000 francs au marteau (il faut donc ajouter la suite). Les livres sont bien partis, comme les meubles ou le design. Les tapis sont, si j'ose dire, restés sur le carreau. C'est un article qui plaît de moins en moins. Il y a eu comme toujours une ou deux bonnes affaires à réaliser les 19, 20 et 21 juin. Cela fait partie du jeu. Tout le monde a le droit de rêver. Prochaines vacations rue Prévost-Martin fin septembre. A bientôt

Photo (Piguet): «La mort d'Abel», qui restait alors anonyme. Détail. Le sujet est très en hauteur.

Texte intercalaire.

 

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