Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Un Rubens crève le plafond à Londres: 45 millions de livres

Crédits: Christie's

On pouvait craindre le pire. Il s'est tout de même trouvé un (ou une) allumé(e), un musée voire, qui sait, un fonds financier pour s'offrir le «Loth et ses filles» de Pierre-Paul Rubens chez Christie's à Londres le 7 juillet pour près de 45 millions de livres. J'éprouve en ce moment de la peine à réaliser les conversion monétaires. Ce soir-là, cela représentait 57 millions de dollars. Aujourd'hui, je ne sais pas. 

Pour en arriver à ce résultat mirifique, Christie's avait sorti les grands moyens. La vente de tableaux anciens avait été déplacée par la firme de janvier à New York à juillet à Londres vu la concurrence de la superbe «Danaé» d'Orazio Gentileschi (1563-1639), finalement achetée par le Getty pour 30,5 millions de dollars. Le grand tableau a été promené comme une star. La maison a édité rien que pour lui un catalogue ne comprenant pas moins de 52 pages. Il fallait bien convaincre qu'il s'agissait d'un chef-d’œuvre, ce qui semblait pourtant moins évident que pour la «Danaé». Disons charitablement que Rubens a fait mieux. Il suffit de se promener au Louvre, au Kunsthistorisches Museum de Vienne, au Palazzo Pitti de Florence ou tout bêtement à la National Gallery de Londres. Seul l'historique de la toile apparaît irréprochable. Il peut se voir retracé depuis le XVIIe siècle.

Record pour Liotard

Tout s'est donc bien passé, alors qu'on ne parle en Angleterre que de Brexit, de possible krach immobilier et de probable récession. Le reste de la vente, qui demeurait assez modeste en dépit de quelques bons tableaux, est correctement parti avec un pourcentage admissible d’œuvres restées sur le très chic carreau de King's Street. La vente de dessins anciens, qui précédait le 5, s'est même fort bien passée. Presque tout a trouvé acquéreur, une belle feuille de Tiepolo partant même à 542.000 livres, frais compris, ce qui fait cher le centimètres carré (ou plutôt le pouce carré, vu que nous sommes au Royaume-Uni). 

Et chez Sotheby's? Tout est ici resté plus discret. L'effort avait été fait cet hiver à New York. Si l'on dit que la peinture ancienne compte aujourd'hui peu de riches amateurs, il faut aussi dire que, sur le plan qualitatif, il s'agit d'un marché asséché. Le «top lot» était ici une scène de genre de Jean-Etienne Liotard (1702-1789) représentant une jeune femme se servant du café. Une œuvre pour une fois exécutée à l'huile. Ce sous-produit de Chardin était estimé entre 4 et 6 millions de livres, ce qui semblait beaucoup. Le Genevois a dû se contenter de 4,4 millions frais compris, et les frais sont lourds comme on le sait aux enchères.

Peter Lely au sommet

Autrement, les dessins ont moyennement marché chez Sotheby's. Il faut dire qu'il y avait 365 lots, ce qui fait beaucoup, surtout quand le commissaire priseur va lentement. Un très gros prix à signaler cependant. Un merveilleux jeune homme de Peter Lely, le portraitiste à la mode en Angleterre vers 1670, a «fait» 869.000 livres. Un record pour un peintre finalement peu connu. Lely attend d'ailleurs toujours sa grande rétrospective à Londres. 

Photo (Christie's): «Loth et ses filles» de Pierre-Paul Rubens lors de sa présentation à New York.

Texte intercalaire.

 

 

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