Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Sotheby's vend un Modigliani 157 millions de dollars. Et alors?

Crédits: AP

C'est cher. Trop cher même. Mais il ne s'agit pas pour autant du record. Le «Nu couché» d'Amedeo Modigliani, qui me semble une toile bien moins importante que «La fillette à la corbeille de fleurs» de Picasso vendue il y a quelques jours par Christie's pour 115 millions de dollars, a plafonné à 157,2 millions (de dollars toujours) chez Sotheby's New York le 14 mai. L'estimation était de 150 millions. Le prix de départ fixé à 125. Nous sommes donc dans les clous, du moins apparemment. Le prix marteau n'est en effet «que» de 139 millions. Or c'est celui-ci qui compte réellement par rapport aux espérances formulées par la maison de vente. 

Pour Sotheby's, il y a de quoi fêter. Jamais la maison, qui fait figure d'éternelle seconde, n'avait vendu de tableau à ce prix. Pour Modigliani, qui avait exécuté cette toile en 1917 en compagnie de vingt-et-un autres nus, c'est presque moyen. Un autre «Nu», pourtant sexuellement plus agressif, avait culminé à 170,4 millions chez Christie's en novembre 2015. L'actuelle toile a été qualifiée de «discrètement radicale» par Simon Shaw, en charge de la peinture moderne dans la multinationale. Le monsieur devait bien dire quelque chose. Il ne s'agit en fait ni plus ni moins que d'une aimable variation sur «La grande odalisque» d'Ingres. Cette dernière contrevenait elle à toutes les normes admises lors de sa première présentation en 1814.

Enorme plus-value 

Notons cependant ce que les initiés appellent «la culbute». En 2003, la même œuvre s'était vendue pour 26,9 millions. C'est dire l'accélération actuelle du marché de l'art, en nette surchauffe pour le très haut de gamme. Cela dit, si vous avez du goût, de l'indépendance d'esprit (et tout de même un peu d'argent), vous pouvez parfois acquérir un chef-d’œuvre en vente publique pour 100 000 dollars. Le goût des très riches, qui sont bien sûr aussi investisseurs, reste par définition conformiste. On ne peut pas dire, pour en rester aux sommets des enchères, que s'offrir du Basquiat ou du Rothko, voire du Murakami ou du Damien Hirst, présente aujourd'hui quoi que ce soit d'audacieux. Ni même finalement de bien personnel...

Photo (AP): Le Modigliani chez Sotheby's.

Texte intercalaire.

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