Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ / Mieux vaut rembourser tout de suite un faux Ernst

Le 24 mai, une cour de Nanterre condamnait de manière solidaire un galeriste français établi à Genève et l'expert Werner Spies a payer plusieurs centaines de milliers d'euros. Le premier avait imprudemment vendu un tableau de Max Ernst, «Tremblement de terre», expertisé par le second. L’œuvre était en fait due au faussaire allemand Wolfgang Beltracchi, condamné à Cologne en septembre 2011. L'imposture avait été prouvée par un laboratoire du Massachusetts. 

L'affaire, qui a fait l'objet d'un excellent livre de Stefan Householder et Tobias Timm  («L'affaire Beltracchi» aux Editions Jacqueline Chambon, 2013), avait de nombreuses ramifications genevoises. Ont été touchées au moins quatre galeries de renom international, dont une de manière très grave. Plus une banque privée, qui formait alors (1995) une collection. 

Comment les choses se sont-elles passées ailleurs dans ces galeries à strapontin genevois quand des tableaux se sont révélés faux par analyse scientifique, ou tout ou moins fortement contestables? J'ai vu une personne désirant conserver l'anonymat. Elle y a droit puisque son entreprise franco-suisse semble s'être bien comportée. «Nous avons eu en main un tableau important, intitulé «La Forêt I». Elle était associée à une expertise de Spies annonçant un ajout au catalogue raisonné.» Nous étions alors en septembre 2003. Le tableau a été acheté 2 150 000 dollars pour se voir revendu, le même jour, à un confrère new-yorkais pour 2 325 000 dollars. Un bénéfice raisonnable. 

Que s'est-il passé par la suite? «Nous avons remboursé. C'était cher. Cela faisait mal. Mais c'était indispensable.» Pour mon interlocuteur, le principal problème n'est pas l'argent. «Le plus grave reste la perte de crédibilité. En reversant la somme à l'acquéreur, vous vous montrez solidaire avec lui. Vous acceptez l'idée qu'il y a eu une erreur. Avec un peu de chance, vous conservez même le client.» En cas de procès, de plus coûteux, public et interminable (il pourrait y avoir appel pour le récent jugement parisien), c'est le contraire. «Vous vous situez presque dans l'autre camp.» 

Dernière petite question à l'informateur. «Que pensez-vous du livre enquête de Koldehoff et Timm?» «Il me semble excellent.»

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