Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ / Les antiquaires tiennent salon à Beaulieu

Quarante-quatrième du nom. Aucun anniversaire à fêter, donc. Le salon des Antiquaires de Lausanne est là depuis 1970. L'angelot lui servant d'enseigne n'a pas changé depuis. C'est en lisant attentivement l'intitulé que le visiteur sent la différence. La manifestation est aujourd'hui également vouée aux "arts du XXe siècle". Que voulez-vous? Le temps passe, tout de même... Et, depuis trois ans, le vingtièmiste genevois Lionel Latham (LL) seconde le Vaudois Jean-François Desmeules (JFD) à la direction. Le tandem a pris en 2010 la place de l'éternelle Carmen Porchet, qui semble évaporée dans la nature.

Le Salon 2014 se déroulera au Palais de Beaulieu du 16 au 24 novembre. Vernissage très officiel le 13. C'est l'occasion de parler avec les responsables d'un rendez-vous qui semble se raréfier ailleurs en Suisse. Les foires disparaissent une à une.

Petit rappel historique. Comment le Salon a-t-il pris son essor il y a quarante-trois ans?
JFD.
Il est dû à l'initiative du Syndicat vaudois des Antiquaires, devenu aujourd'hui Syndicat romand. Ses membres se sont regroupés comme pour la KAM, qui se déroulait à Bâle et qui n'existe plus. Le syndicat était composé de généralistes, comme je le reste encore. Depuis sa deuxième édition, le Salon se déroule à Beaulieu, dans un bâtiment ayant connu plusieurs transformations. Il y a eu un étage de stands. Puis deux. Nous sommes aujourd'hui revenus à un.

Quelles sont les conditions pour y participer?
LL.
Depuis notre arrivée, les règles ont changé. Avant, il fallait avoir pignon sur rue. Autrement dit posséder un magasin. Aujourd'hui, certains marchands travaillent en appartement ou aux Ports francs. Nous devions en tenir compte. Ce qui reste, en revanche, c'est l'indépendance. Nous voulons garder un contrôle sur les participants, en imposant des règlements. Pour cela, il faut gérer personnellement. Beaucoup d'autres salons de Beaulieu, à commencer par le Comptoir suisse, sont aux mains du Palais lui-même.

Il y a donc un Comité.
JFD.
Six personnes. Jean-François Berger, de Max Howald's Erben à Berne, vient d'y entrer. Il aidera à notre rayonnement outre Sarine.

Justement... Que se passe-t-il aujourd'hui là-bas?
LL.
Plus grand chose. La foire Fine Art Zurich a lieu en septembre au Kongresshaus, qui doit être démoli. On a donc dit qu'il s'agissait de la dernière.

De quelle manière composez-vous votre panel d'exposants?
LL.
On essaie d'avoir des représentants de chaque spécialité. Nous n'avons cependant trouvé personne pour la photographie. Notre handicap devient la durée. Nous restons ouverts treize jours, quatorze avec le vernissage, alors que nombre de manifestations se contentent actuellement de quatre ou cinq journées. L'idée est d'avoir deux week-ends, avec au moins un où il fait beau. Et beaucoup de nos acheteurs demeurent des gens prenant leur temps avant de se décider. Il y a aussi le temps passé à construire un décor... N'oubliez pas que la Biennale des Antiquaires, à Paris, durait à une certaine époque trois semaines...

Le monde a bien changé depuis.
JFD.
Certains secteurs sont en perte de vitesse. C'est le cas des tapis. Chez les meubles, la chose devient patente. Une bonne partie du XIXe siècle et le rustique ont pratiquement disparu. Pour ce qui est de l'étain ou du cuivre, il faut maintenant oublier. Les gens vivent autrement. Les appartements possèdent aujourd'hui moins de murs et d'immenses fenêtres. Il ne suffit plus à un meuble d'être vieux. Il lui faut encore séduire. Certains de nos exposants n'en restent pas moins très traditionnels. Ils sont souvent là depuis très longtemps, comme Rigaldo, Cottet ou Deillon.

Combien serez-vous cette année?
JFD.
Une petite quarantaine. C'est le minimum. Nous aurions préféré davantage. Il y a cependant trois nouveaux-venus, Laurent Marthaler de Montreux et Harry Hofmann de Zurich, qui sera associé à Karl Vogler.

Genève a remodelé sa foire d'art contemporain, désormais proposée en hiver. Artgenève, qui se tiendra en 2014 du 30 janvier au 2 février, vous fait-il du tort?
LL.
Avec lui, les Genevois accomplissent un pas supplémentaire vers le contemporain. Artgenève s'intéresse cependant peu aux arts dis appliqués. Nous, oui.

Votre public est-il vieillissant?
LL.
Les visiteurs d'un salon d'antiquaires n'ont jamais été jeunes! Il suffit de garder de vieilles photos. Je dirais que le nôtre apparaît âgé, avec des exceptions. Je vois notamment beaucoup de mères venues avec leurs filles. Mais vous savez. Certaines personnes octogénaires achètent encore...

Chaque année, le Salon des Antiquaires propose une exposition. Quelle sera-t-elle cette année?
JFD. Après l'Ariana genevois et le Musée suisse de la Mode d''Yverdon, nous recevons le Mudac de Lausanne. Il viendra avec du verre contemporain. Initiée par un mécène, la collection s'accroît considérablement. Nous verrons les dernière acquisitions.

Pratique

"44e Salon des Antiquaires et des Arts du XXe siècle", Palais de Beaulieu, Lausanne, du 16 au 24 novembre. Tél. 021 643 33 00, site www.salondesantiquaires.ch Ouvert de 11h à 20h, le dimanche 24 jusqu'à 19h. Nocturnes jusqu'à 22h le mardi et le jeudi. Photo (DR): Une broche espagnole du XVIIIe siècle, proposée par Max Howald's Erben. 

Prochaine chronique le mardi 12 novembre. Genève présente l'exposition "Picasso devant la télé". Qu'en penser?

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