Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Lausanne vernit son Salon des Antiquaires

C'est un rendez-vous annuel. Chaque mi-novembre, le Salon des Antiquaires se déroule à Lausanne. Une petite ligne a été ajouté à son intitulé, il y a quelques années. Elle dit «et des arts du XXe siècle». On sait que le goût change. Il tend aujourd'hui à se diriger vers le design ou la peinture dite moderne de 1900 jusque dans les années 1960, et contemporaine depuis lors. Le Salon a un nouveau président que les Genevois connaissent bien. Il s'agit de Lionel Latham, dont la galerie se trouve à la Corraterie, où il a repris la vaste arcade d'une espèce encore plus menacée de disparition que les antiquaires. C'était celle d'un disquaire.

Lionel Latham, un peu d'histoire. De quand date le Salon?
Nous en arrivons à la 46e édition. Il date donc de 1970. Il ne reste aucun exposant de départ, mais nous avons, avec Deillon, un «fils de». Au départ, la manifestation était gérée par le Syndicat des antiquaires vaudois, qui étaient alors assez nombreux. Nous formons désormais un syndicat romand, tandis que le Salon a pris un caractère national. Il ne subsiste plus en Suisse en matière classique que des foires hautement spécialisées, comme la BAAF de Riehen/Bâle pour l'art antique, qui a d'ailleurs lieu en même temps que nous. Zurich a en effet jeté l'éponge pour 2015, faute d'inscriptions suffisantes. Son Salon se déroule en plus dans un Kongresshaus qui va se voir démoli. 

Avez-vous toujours été au Palais de Beaulieu?
Toujours. Et toujours en novembre. Cela changera peut-être. Nous réfléchissons beaucoup à l'avenir. Nous avons la chance de nous trouver maintenant dans un bâtiment possédé par la Messe bâloise, qui a racheté Beaulieu et la Zuspa. Ce sont des spécialistes de l'organisation de foires et de congrès en tous genres. Pensez que Beaulieu accueille aussi bien le Comptoir Suisse que l'assemblée générale annuelle de Nestlé. 

Comment une réunion comme le Salon des Antiquaires se prépare-t-elle?
A partir de décembre de l'année précédente. Nous avons alors réuni du matériel pour intéresser des exposants éventuels. Il s'agit de remplacer les départs, que je qualifierais souvent de naturels. La raison sociale naguère présente à Beaulieu a disparu. Nous avons ainsi en 2015 sept ou huit nouveaux participants, dont les deux tout jeunes Chinois de Lausannne qui ont créé Hehegalerie. Ils doivent avoir à peine 30 ans. Il faut persuader les gens que le marché repose aujourd'hui sur trois piliers, leur commerce, le Net et les foires. Il s'agit pour eux de trouver un juste équilibre. 

Pensez-vous à créer une certaine variété dans les matières présentées?
Catherine Niederhauser, qui est venue en 2014 avec Geluck, a visiblement fait des émules. Il y aura cette année de la BD chez Huberty & Breyne, qui vient de Belgique. Nous présenterons de la photo grâce à Patrick Gutknecht, qui opère chez nous son retour. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Nous reverrons ces jours Michel Castellino ou Katia Meazza. 

Quels sont les avantages et désavantages pour les marchands de venir à Beaulieu?
L'avantage, c'est de se retrouver sur une plate-forme, où il y a d'autres objets de qualité. Ce qui décourage, c'est bien sûr le prix de location d'un stand, même si nous restons de 20 ou 30 pour-cent moins cher qu'Artgenève. Le temps d'exposition fait aussi tiquer certains, surtout s'ils habitent loin. Le Salon dure neuf jours et non pas quatre ou cinq. 

D'autres éléments positifs?
Le passage. Il y a là une clientèle qu'on ne voit pas dans les magasins. Venir chez nous, c'est une promenade. Il n'y a pas besoin de pousser une porte. Il n'est pas obligatoire de parler à quelqu'un. Pour un public non averti, il s'agit là d'un confort. 

Le décor, maintenant.
Depuis 2014, la maison Stabilo conçoit le Salon comme un ensemble. Il crée l'unité, en tentant de flatter les objets. C'est un atout. Je rappelle que Stabilo conçoit les plus grandes manifestations européennes du genre, comme la TEFAF de Maastricht ou la BRAFA de Bruxelles. 

La marchandise est-elle vue par des experts?
Il existe un comité d'experts qui devrait s'élargir à des disciplines nouvelles, comme la photo. Nous avons un contrôle. Un règlement. Les objets doivent se voir étiquetés pour ce qu'ils sont. Ils n'ont pas subi trop de restaurations ou de transformations. Evidemment, le regard n'est pas le même pour une pièce à 800 francs et un tableau à 80.000 francs! 

Vous proposez chaque année une exposition culturelle.
Pas depuis le début. Je dirais que la première a eu lieu il y a vingt-cinq ans. Il s'agit de montrer des choses qui n'ont pas été trop vues. En 2015, ce sera ainsi les tableaux suisses laissés par Pierre Arnaud à la fondation de Lens portant son nom. Son musée les a montré très brièvement cette année. Nous en avons retenu un «best of» de 45 toiles. D'une manière générale, nous entendons favoriser une institution du pays. Le Prix du Patrimoine se décerne d’ailleurs aussi chez nous. Il sera remis le mardi 17 novembre à 18 heures 30. Son lauréat est réparateur de cloches.

Pratique 

Salon des Antiquaires, Palais de Beaulieu, Lausanne, du 14 au 22 novembre. Tél. 021 643 33 00, site www.salondesantiquaires.ch Ouvert de 11h à 20h, le jeudi 19 jusqu'à 22h, le dimanche 22 jusqu'à 19h. Photo (Salon des Antiquaires): Un paravent en laque de l'époque Kangxi, vers 1720, proposé par la jeune Hehegalerie de Lausanne.

Prochaine chronique le samedi 14 novembre. Histoire genevoise. Deux livres récents.

 

 

 

 

 

 

 

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