Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La vente Rockefeller a rapporté au final 832 573 469 dollars

Crédits: Julia Jacobsen/AP

Ouf! C'est fini. Il y avait beaucoup de choses et Christie's a mis le paquet. Six mois de promotion avec une tournée mondiale, comme pour des rock stars. Dix jours d'exposition finale à New York ayant amené 30 000 visiteurs de plus. Il n'y avait plus qu'à procéder à la vente des quelque 1500 tableaux et objets accumulés par David Rockefeller (mort à 102 ans en 2017) et son épouse Peggy au cours de leur vie. Dix journées étaient prévues sur internet pour ce qui ne me viendrait pas à l'idée d'appeler le menu fretin. Trois jours de vacations en salle ont suivi au Rockefeller Center. Un nom prédestiné. Chacun peut aujourd'hui se frotter les mains, y compris les douze institutions auxquelles iront l'argent. Le tout a rapporté 832 573 469 dollars, frais compris. Mais, à ce niveau, les échutes se révèlent souvent moindres et la part payée par les vendeurs presque nulle. 

Le record est allé comme prévu à la «Fillette tenant une corbeille de fleurs», un grand Picasso de l'époque rose: 115 millions (de dollars toujours). Ce chef-d’œuvre est suivi sur le podium olympique par des «Nymphéas», taille moyenne, de Monet (84,5 millions) et l'«Odalisque» de Matisse (80 millions). «La vague» de Gauguin a giclé à 35 millions. La «Rade de Grandchamp» de Seurat a en revanche fait moins cher que prévu, alors qu'il n'y a en principe jamais de tableau important du pointilliste français sur le marché. Christie's en espérait dans les 40 millions. Le marteau est tombé à 34.

Coups de folie 

Tout est parti. Il y a bien sûr eu quelques coups de folie. L'un, patriotique, est allé à l'une des versions du portrait de George Washington par Gilbert Stuart: 11,5 millions au lieu d'un seul. Un bol chinois a de nouveau pulvérisé les estimations. Celui-ci était du XVe siècle. Prisé entre 100 000 et 150 000 dollars, il a culminé à 2,7 millions. Une paille cependant dans ce domaine. Une table anglaise de la fin du XIXe siècle est partie pour des raisons inconnues à 300 000 dollars au lieu des 5000 à 8000 escomptés. Un Ernst Wilhelm Nay, important mais confidentiel abstrait allemand des années 1950, a obtenu 1,45 million de dollars, soit quinze fois le chiffre prévu. 

Le Nay restait bien l'une des rares choses audacieuses collectées par Peggy et David Rockefeller. Pour avoir vu fin mars une sélection des œuvres à Paris chez Christie's, j'avais été frappé par le goût conventionnel, ou pour être plus exact daté, du couple d'amateurs. Si le Picasso était sensationnel, même si l'on préfère aujourd'hui de l'Espagnol des toiles autrement plu dures, les impressionnistes sentaient le salon bien élevé des années 1960. Petits format. Gros cadres dorés. Sujets légers. Mais les gens ont autant acheté le nom de Rockefeller que celui des artistes. La chose explique des prix musclés pour Corot (9 millions pour un gentille vue de Venise) ou Forain (1,7 million pour «La femme aux affiches»). Difficile cependant d'en dire davantage sur les acquéreurs. Christie's ne donne aucun nom dans son communiqué final. C'est «anonymous»sur toute la ligne. 

Photo (Julia Jacobsen/AP): Le Matisse, très sage et très classique, lors de son adjudication.

Texte intercalaire.

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