Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La vente d'Hauteville a quadruplé les estimations

C'est fini, ou du moins cela le sera dès demain. Les acheteurs de la grande liquidation du château d''Hauteville ont jusqu'au 18 septembre pour prendre leurs biens (après les avoir payés, bien sûr!). Notons que l'Hôtel de Ventes genevois, qui ne ménage pas sa peine, prévoit pour ce même vendredi une journée d'expertises gratuites dans le bâtiment du XVIIIe siècle. Voilà qui promet un beau va-et-vient automobile sur les hauts de Vevey... 

La vente, tenue les 11 et 12 septembre, a marché du tonnerre de Dieu. «L’estimation des 1600 lots du catalogue atteignait un million», explique le directeur de l'Hôtel Bernard Piguet. «J'en espérais deux. Au final, j'en ai obtenu 4.379.600 francs, soit plus du quadruple.» Il faut dire que la noble demeure, pittoresquement décatie par les ans, avait attiré 10.850 curieux pour les journées de visite, le 4, 5 et 6 septembre. Normal donc que 2000 personnes se soient relayées dans l'Orangerie, où avait lieu les vacations de 10 heures à 22 heures. Les places étaient chères, du moins pour s’asseoir. Il n'y avait que 220 sièges. «La salle na pas désempli.» Voilà qui change des ventes aux enchères où tout se passe au téléphone.

Taux de vente: 98 pour-cent!

Il n'y a pas que le montant total qui compte. «Les lots se sont vendus à 98%.» Le reste est parti lors des journées de récupération des achats. Un succès pour les Grand d'Hauteville, qui n'auront du coup aucun garde-meubles à louer. Il faut dire que le prix de certains objets était celui du souvenir. Le meilleur marché des numéros, quatre salières en métal argenté, est parti pour 50 francs. Il y en avait aussi pour les gens de la région comme pour «de vieilles familles suisses». 

Comme prévu, les reliques américaines ont suscité les passions. Le prix le plus élevé est ainsi allé à une médaille d'or (240 grammes, tout de même!) remise par le Congrès au général Alexander Macom, allié par alliance aux Hauteville: 185.000 francs au marteau, 231.000 avec les frais. Les deux aiguières 1860 de Tiffany's ont trouvé preneur pour 75.000 francs tout compris (estimation entre 4000 et 6000 francs). Une belle commode à panneaux de laque Louis XVI, restée invendue en 2014 à Londres, a «fait» 162.000 francs, frais inclus. Un pastel de Liotard (pas en très bon état représentant un monsieur pas très séduisant), a atteint 55.000 francs au marteau, alors que Christie's ne l'avait pas écoulé l'an dernier. L'effet «house sale» a donc joué à plein.

Ruée sur les livres

Notons que c'est encore la bibliothèque, dont la plupart des ouvrages se voyaient proposés sans prix de réserve, qui a le plus «flambé», si je puis me permettre le mot. «Les sommes d’adjudication se sont révélées en moyenne de cinq fois supérieures aux estimations», calcule Bernard Piguet. Il faut dire qu'un livre a pulvérisé celles-ci. Prisé entre 800 et 1000 francs, un traité d'économie et d'agriculture de 1763 a fait 32.000 francs au marteau et 40.000 en tout. 

Voilà pour Hauteville. Mais inlassable, l'Hôtel des Ventes a déjà bouclé les préparatifs de sa vente genevoise d'automne. Les visites, rue Prévost-Martin, se dérouleront du 2 au 4 octobre, les séances elles-mêmes ayant lieu du 5 au 8. «Nous avons travaillé simultanément sur les deux opérations», explique l'un des catalogueurs. «Cela nous a demandé de beaucoup jongler, vu la somme d'objets et la distance entre Genève et Hauteville, mais nous y sommes arrivés.» D'ici quelques jours, le nouveau menu pourra se découvrir sur le catalogue, mis en ligne sur le site www.hoteldesventes.ch

N.B. Le Château  de Nyon a acquis lors de la vent neuf objets, avec l'aide de son Association d'Amis. Le Château de Prangins, lui, a notammant acheté pour 33.000 francs les décors de théâtre double-face, créés en 1777 pour la petite scène d'Hauteville. Des objets devenus rarissimes.

Texte intercalaire 

 

 

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