Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/ La très chic TEFAF a fêté ses 40 ans à Maastricht

Aller à la TEFAF de Maastricht tient de l'ascèse. Située aux confins de la Belgique et de l'Allemagne, la ville néerlandaise n'en donne pas moins l'impression de se situer loin de tout. Prendre le train depuis Amsterdam prend des plombes. A moins d'avoir un ami très riche, dont le jet privé atterrira sur l'aéroport local (et il y a pendant dix jours des embouteillages dans le ciel de Maastricht!), le plus simple demeure de prendre l'omnibus depuis Liège. Quarante minutes de «tchou-tchou», et l'amateur d'art se retrouve devant le MECC, le bâtiment abritant en banlieue «la plus grande foire d'art du monde». Quelque 30.000 objets se nichent dans ce machin en béton, à peine plus sexy que le Palexpo genevois. 

Ils sont pourtant 70.000 environ à accomplir chaque mois de mars (cette année du 13 au 22) le pèlerinage. Difficile de parler ainsi, comme le faisait naguère «Le Figaro» (qui n'est pas pourtant, à ce que je sache, un quotidien de gauche) de «foire élitaire», même si l'entrée coûte 55 euros. Une broutille par rapport à notre Montreux Jazz Festival. Et le moins qu'on puisse dire est que le public en a pour son argent. Outre un catalogue assez lourd à porter, il a sous les yeux le décor. L'an dernier, les murs de l'entrée étaient tapissés de roses. Cette année, les fleurs descendaient en guirlandes du plafond. Elles ne portaient du coup aucun tort aux tulipes, un peu blêmes, qui poussaient dans les allées avec l'abondance de la mauvaise herbe.

L'édition des 40 ans 

Cela fait en 2015 quarante ans que la TEFAF existe, même si elle n'a pas toujours porté ce nom. En quatre décennies, cette manifestation généraliste, partant du silex pour finir avec l'art d'aujourd'hui, a pris de l'ampleur. Aux quelques marchands de base, souvent spécialistes de peinture ancienne, se sont joints au fil du temps des commerçants voués aussi bien à l'archéologie qu'au design ou à l'ethnographie. Le moindre recoin du MECC s'est vu utilisé. TEFAF Paper a investi il y a quelques années le dernier emplacement disponible, à l'étage. C'est là que se déroule aussi l'exposition culturelle. Celle de 2015 était vouée aux dessins du Teyler Museum de Haarlem, aujourd'hui conservés par Carel van Tuyl (un monsieur charmant mesurant de plus de deux mètres), qui a quitté pour eux le Louvre. Il y avait là des Michel-Ange dont l'espèce s'est depuis longtemps éteinte sur le marché. Terminé! 

Il faut en effet l'accepter. Le marché de l'art classique, qui formait le socle de la TEFAF, est aujourd'hui devenu résiduel. L'essentiel se trouve en musée. La chose constitue une des causes de la désaffection du public pour cette partie de la foire, divisée en départements à la manière des grands magasins de luxe, genre Galeries Lafayette ou Harrod's. Pressés par le temps, les amateurs choisissent en effet leur rayon. Impossible de voir les 280 stands, surtout si l'on a les moyens de discuter le bout de gras avec les exposants (en clair, tenter de marchander). Pour les uns, ce sera la peinture du XIXe siècle. Pour d'autres, les bijoux, puisque les inévitables Bulgari, Graff ou Cartier se veulent présents, avec leurs non moins habituels gardes du corps à oreillettes.

Nombreux postulants 

Il va sans dire (mais il va encore mieux en le disant) que les plus célèbres galeristes sont là, de Colnaghi ou Green pour l'art ancien à Taddeus Ropac pour le contemporain, même s'il est clair que la liste ne ressemble pas à celle d'Art/Basel. Les postulants se bousculent cependant comme à Bâle au portillon. Surtout les classiques, rejetés d'un peu partout sous prétexte de «rajeunir» les foires. La liste d'attente se révèle longue comme le bras. Il faut un départ pour une permettre une arrivée. Une galerie française célèbre pour ses dents longues a mis dix ans à obtenir sa place. On pense au Wagner de Bayreuth. Il faut longtemps demander avant d'enfin décrocher son ticket d'entrée. L'argent joue peu. Le mètre carré est bien moins cher qu'à la Biennales des Antiquaires de Paris. Les organisateurs n'entendent pas ici engranger des bénéfice faramineux. 

Voilà. Je vous ai fixé le cadre. Voyons maintenant à quoi ressemblait l'édition 2015. Une bonne cuvée, à laquelle manquaient cependant quelques chefs-d’œuvre en bonus. Vu les tarifs affichés par certains participants (il y avait parfois des prix à huit chiffres!), il semble pourtant que le public (et les collectionneurs) y aurai(en)t eu droit...  Photo (TEFAF): Une des allées, avec ses tulipes un peu pâles.

La suite de la TEFAF juste en dessous dans le déroulé.

Prochaine chronique le mardi 30 mars. Velazquez règne à Paris. Trois heures d'attente devant le Grand Palais. Le jeu en vaut-il la chandelle?

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