Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La TEFAF de Maastricht donne toujours dans le haut de gamme

Crédits: Galerie Colnaghi

Certains en parlent pendant toute l'année. La manifestation dure pourtant dix jours, ce qui paraît aujourd'hui déjà long pour un salon. La TEFAF (comme The European Fine Arts Fair) se déroule il est vrai au cul du monde. Un joli cul, cela dit en passant. Située à la jonction des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Belgique, Maastricht est une ville pleine de monuments remarquables, et encore entourée à certains endroits par trois rangs de fortifications (1). 

Nul ne regarde cependant ces vestiges en mars. C'est le moment où s'installent au MECC (l'équivalent de notre Palexpo) 275 marchands, triés sur le volet. Un volet qui bat de l'aile, si j'ose dire. Même si une partie des commerçants donnent dans le moderne et le contemporain, il s'agit de la principale foire mondiale d'art ancien. Un secteur aujourd'hui sinistré, du moins pour ce qui est des magasins. Il subsiste de gros prix (mais peu nombreux), lors des enchères de janvier à New York ou de juillet à Londres.

Bientôt à New York 

Comment se porte en 2016 la TEFAF, qui s'apprête à créer une double édition à New York (avec la partie art ancien et moderne du 22 au 27 octobre 2016 et celle consacrée au contemporain et au design du 4 au 9 mai 2017)? Difficile comme toujours de le dire. Sur le marché de l'art, tout le monde joue au poker menteur. Le communiqué de presse veut ainsi qu'il soit venu «plus de 10.000 personnes» au vernissage du 10 mars. Certains hôtes assurent y avoir vu moins de monde que de coutume. Les cartons d'invitation avaient pourtant plu sur l'Europe entière, envoyés pour la plupart par les marchands à leurs bons (et moins bons) clients. 

L'essentiel est cependant le concret. Le fric. Qu'est-ce qui est parti parmi les quelque 25.000 peintures et objets proposés au chaland? J'ai le communiqué de presse sous les yeux. Colnaghi aurait vendu le soir de la «preview» sept tableaux, dont l'imposante «Vocation de saint Pierre et de saint André» de Luc Giordano, un Napolitain du XVIIe siècle. La Weiss Gallery se serait séparée (le mot «séparer» fait très chic, dans la mesure où il exclut l'idée de commerce) du «Jupiter et Antiope» d'Antoon van Dyck, destiné par son acquéreur à la Maison de Rubens d'Anvers. En prêt, tout de même.

Des clients pour l'archéologie

TEFAF Paper est apparemment parti très fort. Dans le domaine de l'archéologie, un Suisse (anonyme, of course) s'est offert un bronze Zhou chinois à 300.000 euros chez Verdeven Oriental Art. Chez les modernes, deux reliefs coproduits par les frères Gustav et Georg Klimt sont partis pour 400.000 euros chez Bel Etage de Vienne. Un Anglais s'est offert pour 275.000 dollars un vase à vin sassanide en argent à la Merrin Gallery. Il s'agit là d'un secteur chaud. Les Sassanides vivaient dans l'actuel Irak, il y a un peu moins de 2000 ans. 

Ces miettes d'information ne donnent pas la température. Les prix ne sont en plus pas toujours indiqués. Nous restons entre gens bien élevés. J'ignore ainsi combien Oscar Graf demandait des deux sièges exécutés pour la Evans House par l'architecte Frank Lloyd Wright en 1908. Beaucoup sans doute. Vendus tout de même. Et je ne sais pas la somme que les Parisiens Talabardon & Gautier exigent de leur Rembrandt récemment redécouvert. Il s'agit de «L'Odorat», exécuté vers 1624, quand le Hollandais avait 18 ans. Les T & G sont connus pour taper très fort en matière de tarifs. Et c'est Rembrandt, même si ne me semble pas que ce minuscule panneau soit un chef-d’œuvre à en contempler la photo. Je le trouve même assez moche.

Dates difficiles 

Je ne suis en effet pas à Maastricht cette année. Je survivrai. La précocité de Pâques en 2016 a amené les organisateurs à avancer leur salon, alors que les Parisiens ont retardé les dates du Salon du Dessin, du PAD (Pavillon des arts et du design), de Drawing Now ou d'ArtParis. On ne peut pas être partout. Il faut choisir. La chose inquiète du reste certains commerçants. Les Américains débarqués à Maastricht referont-ils le voyage pour le circuit parisien, alors qu'il faisaient d'une pierre plusieurs coups? 

(1) J'ai lu quelque part que la TEFAf entendait se dérouler à Amsterdam, loin de son siège historique, dès que le contrat la liant au MECC aurait expiré. 

Photo (Colnaghi): Le Luca Giordano vendu par la maison anglaise. C'est une «Vocation de saint Pierre et de saint André».

Pratique

TEFAF, MECC, Maastricht, jusqu'au 20 mars. Site: www.tefaf.com Ouvert de 11h à 19h, le 20 mars jusqu'à 18h. 

Texte intercalaire.

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