Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La TEFAF avant Paris. La déferlante de l'offre

C'est parti pour plus de deux semaines. La TEFAF de Maastricht a entrouvert ses portes le 12 mars pour les privilégiés, invités au vernissage de «la plus grande foire d'art du monde». Notez que la manifestation néerlandaise, qui en arrive à sa 41e édition (si l'on compte tous les noms que la foire a successivement porté), ne se montre pas aussi élitiste qu'on veut bien le dire. Ils étaient plus de 10.000 hôtes à se presser au MECC, en dehors de la ville. Un bâtiment à peu près aussi sexy que le Palexpo genevois. 

Et qu'ont vu ces élus? A vrai dire, pas grand chose, tant les allées séparant les 275 stands étaient noires de (beau) monde. Certains marchands fermaient d'ailleurs d'un cordon leur officine, de peur d'un malheur (chute ou fauche). Heureusement que bien des gens ne sont pas venus pour les quelque 20.000 œuvres présentées à des prix défiant souvent toute concurrence (dans le haut, bien sûr!). Il suffit de voir chaque année la bousculade autour des plateaux de nourriture sortant des cuisines. La distribution de vivres d'une ONG dans un camp de réfugiés ne suscite pas davantage de convoitises.

Des marchés qu'on dit déclinants 

Connaissant la maison, je verrai la TEFAF, qui est une foire longue (elle dure jusqu'au 22 mars), à la fin de son parcours. Le temps que les choses se décantent. Il semble bon de voir de près comment se portent des marchés qu'on dit déclinants, voire mourants. A l'heure où le 85 pour-cent des affaires concerne la création contemporaine, Maastricht reste le baromètre (ou le thermomètre) des arts anciens, de la préhistoire au XXe siècle. Le seul indicateur désormais, ou presque. La BRAFA de Bruxelles, qui se tient en janvier, a glissé cette année encore plus du côté des modernes. Je dis bien moderne, et non pas contemporain. 

La fin de Maastricht coïncidera avec plusieurs événements parisiens. Il y aura d'abord la «Semaine du dessin», orchestrée autour du traditionnel «Salon du dessin», dont le vernissage se déroulera dans l'ancienne Bourse, le mardi 24 mars. Il y aura là 39 marchands internationaux, triés sur le volet. «C'est notre extension maximale», explique son nouveau président Louis de Bayser. «Si nous agrandissons encore, ce qui me semble peu souhaitable, il nous faudra trouver un autre lieu.»

Des dessins par centaines

Du «Salon du dessin» est né son pendant contemporain, «Drawing Now». C'était il y a bien des années déjà. Pour la seconde fois, ce salon se tiendra dans un Carreau du Temple rénové, du 25 au 29 mars. L'ambiance y sera moins feutrée, moins bien élevée, ce qui ne signifie pas que les prix affichés se feront plus doux. Les planches de BD signées de noms illustres coûtent désormais des fortunes, pour ne pas dire la peau des fesses. Les plus démunis pourront cependant effectuer leurs emplettes à l'autre salon voué au dessin contemporain. Je veux parler du sympathique «DDessins», qu'abritera un immeuble assez décati de la rue de Richelieu du 27 au 29 mars. 

Tout cela peut sembler beaucoup, surtout si on pense aux ventes aux enchères et aux expositions en galerie se greffant sur l'événement, un peu comme le lierre sur le mur. Mais ce n'est pas tout! Cette semaine tragique sera aussi du 26 au 29 mars celle d'«Art Paris», qui constitue un peu la «FIAC» du pauvre (1). Comprenez par là que cette réunion au Grand Palais comprendra des galeries moins cotées. Jennifer Flay, en charge de la «FIAC», se veut très sélective. «Sélectif» semble du reste un mot à la mode. La «FIAC» se montre également sensible aux VIP, qui y ont leurs lieux réservés. On se montre plus démocratique, pour ne pas dire moins mufle, à la TEFAF. Il faut dire que l'entrée coûte au MECC 55 euros, ce qui opère déjà un tri...

Du PAD à "Paris Beaux-arts" 

Vous croyez que j'en ai fini? Eh bien, pas du tout. La même semaine verra encore l'ouverture sous tente, aux Tuileries, du «PAD» parisien. En termes clairs, il s'agit d'un «Pavillon des arts et du design», comme il en existe un autre à Londres. La marchandise se situe ici dans la seconde moitié du XXe siècle. Les tarifs se révèlent généralement exorbitants. Il faut pourtant parfois de bons yeux pour distinguer les meubles présentées par les jeunes antiquaires de ceux utilisés dans la cafétéria. C'est très snob, très «déco», mais j'irai tout de même, quelque part entre le 26 et le 29 mars. 

En temps normaux, on en restait là. Fini pour Paris! Seulement voilà! Il faut toujours innover, et donc en faire davantage. Le 1er avril, et ce n'est pas une farce, ouvrira ainsi au Carrousel du Louvre la première édition de «Paris Beaux-arts». Une foire fourre-tout, dont le nom évoque bien sûr «Paris Photo» ou «Paris Tableau». Elle aura jusqu'au 5 avril pour faire ses preuves.

Un marché national atone 

Car bien entendu, il faudra vendre. Après l'offre effarante de Maastricht et des avalanches de dessins, il sera nécessaire de trouver, encore et toujours, des clients. L'entreprise semble désespérée. Jamais, le marché français ne s'est révélé aussi atone. Il y a des ventes, bien sûr, mais les étrangers forment entre le 75 et le 80 pour-cent du contingent des acheteurs. Et les étrangers, surtout anglo-saxons, se font peu nombreux ici depuis les événements des 7-8-9 janvier. Avec les enchères, au moins, il y a le téléphone. C'est sans risques. Le monde entier est certes venu à Paris, début mars, pour la «Fashion Week». Mais tout le monde le sait. Les fashionistas sont des kamikazes. Photo (DR): Dans les allées de Maastricht, parsemées de dizaines de milliers de fleurs, dont bien sûr des tulipes hollandaises.

(1) Il y  aurait, à l'heure actuelle, 500 foires d'art contemporain chaque année dans le monde.

Prochaine chronique le dimanche 15 mars. Deux livres XVIIIe siècle. Un pornographique et un polar.

 

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