Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La Suisse n'appliquera pas le "droit de suite" pour les artistes

Crédits: DR

La messe est dite (ou le culte, si vous êtes protestant). Le Conseil fédéral a tranché. Les peintres, sculpteurs et autres plasticiens (sauf les architectes) ne recevront pas en Suisse de «droit de suite». Comprenez par là qu'ils resteront privés du petit pourcentage versé sur le prix de revente d'une de leurs œuvres. Une notion introduite en France dès 1920 et qui vaut désormais dans 77 pays, dont tous ceux de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2006. La décision helvétique a été prise le 11 mai. Le sept sages ont estimés que cette manne «ne permettrait pas d'améliorer nettement le statut des artistes.» 

Chiffres en main, le Conseil fédéral n'a pas tort. Si le marché de l'art suisse, le sixième du monde, pèse environ un milliard de francs, la somme récoltée serait d'un peu plus de deux millions. C'est peu. Il faudrait encore en déduire les frais administratifs et de gestion. Il ne restait du coup presque rien dans la caisse, et ce après beaucoup d'efforts. Notons juste que les créateurs suisses sont doublement perdants dans cette affaire. Ils ne touchent rien non plus ailleurs, le principe adopté étant celui de la réciprocité.

Un mauvais combat?

Le groupement Visarte a donc perdu son combat, lancé en octobre 2013. Mais, obnubilés par leur sentiment de justice, ses membres ne se sont-ils pas trompés de cible? Comme l'a bien perçu le Conseil fédéral, il pleut toujours où c'est mouillé. «Moins de 0,5% des artistes recevraient 75% des droits de suite.» Les plus riches déjà. En France, pour les vivants (car les héritiers des morts récent palpent aussi), le recordman doit être Pierre Soulages. Ses œuvres sont très souvent revendues par leurs premiers propriétaires, vu son âge canonique. Faut-il vraiment favoriser encore davantage en Suisse Urs Fischer, John Armleder, Sylvie Fleury ou Pipilotti Rist, pour en rester aux plasticiens du cru? 

Notons encore deux choses. Un, les deux principaux marchés mondiaux, les Etats-Unis et la Chine, ne connaissent pas le droit de suite. Deux, la Suisse ne ferme pas complètement la porte. Son gouvernement «n'exclut pas la possibilité de réévaluer la situation ultérieurement.» Mais, si vous voulez mon avis (que je vous donnerai de toutes manière), à moins d'une énorme pression extérieure, cette révision se fera à la saint glinglin. Ou mieux encore, comme aurait dit ma grand'mère, elle aura lieu «quand les poules auront des dents». Il est vrai qu'avec l'art contemporain, les poules peuvent très bien avoir des dents.

Photo (DR): John Armleder, en tant que tête d'affiche, aurait été l'un des premiers bénéficiaires suisses.

Texte intercalaire.

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