Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La Galerie Fischer de Lucerne quitte le monde des enchères

Crédits: Site de la Galerie Fischer

Ce n'est pas tout à fait la fin d'une histoire, mais il y a un peu de cela. Les ventes des 15, 16 et 17 juin de la Galerie Fischer de Lucerne resteront les dernières vacations régulières d'une maison fondée en 1907. La firme aujourd'hui dirigée par Kuno Fischer n'organisera plus qu'exceptionnellement des mises aux enchères. Il faudra qu'une occasion se présente. Elle n'abandonne pas pour autant le commerce, retrouvant son activité initiale de galerie d'art, doublée d'un cabinet d'expertise. 

C'est en 1907 donc que Theodor Fischer (1878-1957) avait monté son affaire, qui a commencé à cheval entre Lucerne et Zurich. Il faut attendre 1939 pour qu'elle s'installe sur un grand pied au 19, Haldenstrasse de Lucerne. Fischer, qui avait eu un strapontin à Berlin jusqu'à l'écoulement du mark en 1923, avait alors déjà vendu de nombreuses collections allemandes, souvent d'origine noble. Comtes et princes avaient besoin d'argent frais après la défaite de 1918.

La fameuse vente de 1939 

C'est le 30 juin 1939 que se déroula la vente à laquelle Theodor Fischer reste lié. Ce jour-là, 125 œuvres «dégénérées», exclues des musées du Reich, ont été dispersées, le Kunstmuseum de Bâle figurant parmi les principaux acheteurs. On sait à quel point cette vacation, qui fournissait des devises à Hitler, a été critiquée. Il est facile de faire de la morale après. Il semble cependant clair que des chefs-d’œuvre d'Otto Dix comme de Vincent van Gogh ont ainsi été sauvés de la destruction. La vente ne fut suivie d'aucune autre. C'était trop tard. La guerre allait éclater. 

A Theodor ont succédé deux fils, Arthur (1905-1981) et Paul (1911-1976). A l'origine juriste, Kuno a repris par la suite les rênes avec sa mère Trude. Il fallait bien continuer. La Galerie Fischer a donc maintenu le cap avec deux séries de ventes par an, l'une au printemps, l'autre en automne. Au fil du temps, les catalogues, toujours très fournis, sont devenus moins spectaculaires. Moins attractifs. La concurrence se faisait rude avec d'autres entreprises comme Koller à Zurich ou Dobiaschofsky et Kornfeld à Berne. D'où la décision actuelle, qui a le mérite d'intervenir pendant qu'il reste temps.

Photo (site de la galerie Koller): Une image de la fameuse vente de 1939.

Texte intercalaire.

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