Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/La Fondation Gianadda perd la collection Franck

Je vous en aurais parlé depuis un mois, si j'avais été plus attentif. Le 18 septembre, Sotheby's annonçait sur son site la dispersion de dix tableaux de la collection Louis et Evelyn Franck. «L'une des plus fantastiques constituées dans l'après-guerre», s'empressait de dire Simon Shaw, codirecteur de la section «impressionniste et moderne» de la firme, dont l'une des fonctions clés est de faire mousser les produits maison. 

La collection Franck, vous la connaissez bien. Elle était présentée depuis 1997 au sous-sol de la Fondation Gianadda de Martigny, dans une salle séparée. Il y avait notamment là deux Van Gogh, deux Cézanne et trois Ensor. On les retrouvera donc à New York le 5 novembre. Les estimations se révèlent pour le moins coquettes. Le seul «Paysage sous un ciel de tempête», réalisé par Van Gogh à Arles en 1889, se voit prisé entre 50 et 70 millions de francs. Un célèbre pastel de Picasso, remontant à la «période bleue» (une femme les jambes croisées), devrait réaliser pour sa part entre 8 et 12 millions.

Un groupe de James Ensor

J'avoue ne pas trop aimer le Van Gogh arlésien, avec une prairie aux couleurs de plat d'épinards, et encore moins son assez monstrueux portrait de bébé. L'un des deux Cézanne est historiquement capital, dans la mesure où il s'agit du «Portrait du docteur Chocquet», l'un des premiers acheteurs des impressionnistes. Le Van Dongen fauve apparaît en revanche éblouissant et il devient exceptionnel de trouver des Ensor de cette qualité en vente publique. Il faut préciser que François Franck, le père de Louis, fut l'un des mécènes de l'artiste belge. Il en posséda aussi l'immense «Entrée du Christ à Bruxelles», un temps montré au Kunsthaus de Zurich et acheté depuis à prix d'or par le Getty de Los Angeles. 

Je terminerai en rappelant que dans la descendance des Franck figurent au moins trois personnes connues pour leurs activités artistiques. Il s'agit d'abord de l'excellente photographe Martine Franck, morte en 2012 alors qu'elle était aussi la veuve d'Henri Cartier-Bresson. C'est ensuite Eric Franck, galeriste à Genève (route de Florissant) avant d'exercer à Berlin, puis à Londres. Et je citerai enfin Tatyana Franck, directrice depuis quelques mois du Musée de l'Elysée à Lausanne.

Texte intercalaire

 

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