Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ / L'Hôtel des Ventes genevois revient

Voilà qui sent l'automne! Dès ce lundi 30 septembre, l'Hôtel des Ventes proposera à Genève quatre journées de vacations en tous genres. Il y a bien sûr parallèlement une «vente silencieuse». Mais là, les carottes sont presque cuites. Les amateurs n'ont plus qu'aujourd'hui à 20 heures pour mettre leur petit bulletin rempli dans l'urne. Notez qu'il semble plus facile de choisir ici, rue Prévost-Martin, que pour les élections cantonales du 6 octobre. Là, j'aurais plutôt tendance à éliminer tous les pantins (et les pantines) de ce théâtre guignol.

Il y avait comme toujours beaucoup de choses à voir dans les salles basses de l'Hôtel, lors des trois journées de visite. L'arrangement se révélait plus clair que de coutume. Il avait pourtant fallu trouver la place pour 1798 lots, alors que celle-ci se révèle sévèrement comptée. Les dames, souvent mûres, devaient en plus avoir leur content d'espace. Elles essayaient les fourrures, qui forment toujours ici une attraction. «Nos clientes sont stupéfaites de découvrir, estimées à un vingtième ou un trentième du prix d'origine, un vison ou une panthère», expliquait un des employés. Et la panthère, en plus, c'est fini!

Beaucoup de tout

De quoi se compose le menu, dont le hors-d’œuvre se verra servi ce soir dès 19 heures? D'un peu de tout. Il y a les vins, la céramique, les meubles, les tableaux, l'argenterie, les montres, les bijoux et j'en passe. Il s'agit souvent d'une succession qui se règle ou d'un appartement qui se liquide. Seul le plus modeste finira aux Puces. Pas étonnant, dans ces conditions, s'il se trouve ici des objets de mérite divers. Un magnifique portrait de femme du XVIe siècle donné à l'un des Porbus anversois, deux étonnants (et énormes!) cartonniers en acajou Empire et un solide cheval en terre cuite chinois de l'époque Han (à peu près l'an 0) se détachaient ainsi visuellement d'une myriade d'objets, qu'il fallait souvent faire sortir des vitrines.

C'étaient bien sûr les meubles qui prenaient le plus de place. Ce sont pourtant bien eux, les plus difficiles à vendre de nos jours. «Les prix ont dramatiquement chuté depuis que nos vendeurs les ont acquis», explique le Monsieur Meuble de la maison, qui se considère souvent comme un Monsieur Déception. «Il faut expliquer la chose avec ménagements et suggérer une estimation basse, voire très basse.» Difficile à admettre quand la facture était dix fois plus élevée vers 1960! Mais un certain XVIIIe, à l'exception des chefs-d’œuvre, passe aujourd'hui mal la rampe. «Les jeunes liquident sans états d'âme le mobilier de famille», explique Bernard Piguet, maître des lieux. L'ennui, c'est que les repreneurs manquent souvent...

Le mobilier à la peine

Il y a pourtant de jolies choses, dans le domaine classique. «Mais le design marche aujourd'hui mieux», repend Monsieur Meubles. L'Hôtel propose ainsi une paire de fauteuils Louis XV estampillés Cresson entre 2000 et 3000 francs. On aurait dit 25.000 dans ma verte jeunesse, qui remonte il est vrai au millénaire dernier. Quatre fauteuils d'époque Louis XVI, agréablement recouverts, se voient proposés entre 1200 et 1500 francs. Le prix d'Ikea, ou presque. Et on peut même se demander si l'immense console italienne, surmontée d'un miroir, des années 1800 (prisée entre 3000 et 5000) trouvera preneur. Passé trois mètres de haut!

Ce à quoi on assiste, ici comme dans les ventes de Drouot ou les fourre-tout que Christie's Paris appelle pudiquement «Rendez-vous», c'est à un fantastique retournement du goût. Un pan classique entier tombe, ce qui explique la disparition de nombreux antiquaires (j'y reviendrai un jour). Les gens achètent moins de choses, en se montrant plus sélectif. L'insolite marche bien. Le XXe siècle a le vent en poupe. D'où de nécessaires adaptations. «Nous allons faire de la bande dessinée», explique l'un des employés-experts-présentateurs d’œuvres lors des ventes de cette maison où chacun doit savoir tout faire. Et qui sera l'homme en charge? «Mais moi», explique ce trentenaire qui vient pourtant d'assurer une vacation d'objets scientifiques anciens. «Tout s'apprend.»

Vins et archéologie ce jeudi soir

Innovation, ce ne sont pas les vêtements «vintage» qui ouvriront ce soir les feux. On commencera par le vin. Grands Bordeaux. Suivra l'archéologie, qui a entamé il y a quelques années sa percée à l'Hôtel. Quelques vases grecs spectaculaires, dont une amphore archaïque provenant de Randolph Hearst, le modèle du «Citizen Kane» d'Orson Welles. Une pièce somptueuse, prudemment estimée entre 10.000 et 15.000 francs. «Mais des marchand internationaux sont déjà venus la voir», expliquait-on dès vendredi. Connue depuis longtemps, elle possède l'avantage ne ne pouvoir se voir revendiquée par personne. Elle sera le dernier numéro de ce lundi.

Mon choix pour la suite? Jouons les pythies. Outre le Porbus (estimé entre 20.000 et 40.000), il porterait sur un portrait de femme du Danois de Genève Jens Juell exécuté vers 1778 (entre 3000 et 5000). J'aime bien le paravent japonais du XVIIe (entre 4000 et 6000). Dans le grand rococo, j'avoue en faible pour une théière anglaise Georges III en argent. Elle devrait rester entre 1000 et 1200 francs. En revanche, le petit bronze représentant un lion pourrait faire boom, s'il est bien du rarissime sculpteur français de la Renaissance Barthélémy Prieur. Entre 3000 et 5000, c'est peu. «Nous espérons en obtenir dix fois plus», avoue-t-on à l'Hôtel, qui joue parfois les pousse-au-crime. De toutes manières, les gens auront vu. Ils auront eu des surprises. Affreux en photo, le Fantin-Latour (entre 8000 et 12.000) se révèle ainsi très bien en vrai. C'est la vie!

Pratique

Hôtel de Ventes, 52, rue Prévost-Martin à Genève, ventes le lundi 30 septembre à 19h, le mardi 1er octobre à 19h, le mercredi 2 octobre à 9h30, 14h et 19h, le jeudi 3 octobre à 14h et 19h. Tél. 022 320 11 77, site www.hoteldesventes.ch ou www.swissauction.ch Offres pour la vente silencieuse jusqu'au 30 septembre à 20h. Photo (Hôtel des Ventes): "Berceau de la Confédération, le lac des Quatres-Cantons" du Genevois Charles Giron (1850-1914). C'est l'esquisse définitive pour la Salle du Conseil national au Palais fédéral. Estimée entre 5000 et 8000 frans, la toile serait le type même du bon achat pour le Musée d'art et d'histoire de Genève.

Prochaine chronique le mardi 1er octobre. Zurbaran à Ferrare, la grande rétrospective.

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