Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/L'Art Institute de Chicago achète le porte-bouteilles de Duchamp

Crédits: Succession Marcel Duchamp/Galerie Taddaus Ropac, Paris 2017

C'est un moment d'émotion pour l'Art Institute de Chicago. Son directeur parle du nouveau venu comme d'une Joconde à la puissance dix. Le musée vient d'acheter, à un prix maintenu secret et après un an de tractations, un ready-made de Marcel Duchamp. L'homme dont on fêtera cette année les cinquante ans d'une disparition, qui avait passé si mes souvenirs sont bons très inaperçue à l'époque. Je vous résume l'affaire du porte-bouteille, parue en deux épisodes dans «Le Figaro», le seul quotidien français à se préoccuper du marché de l'art. 

Duchamp avait conçu ce ready-made en 1914, un an après la roue de vélo. Il avait trouvé le porte-bouteilles au Bazar de l'Hôtel de Ville de Paris, qui existe toujours. L'exemplaire original a disparu depuis. La sœur de l'artiste l'a accidentellement cassé. Qu'à cela ne tienne! L'homme n'a jamais hésité à se reproduire. Le BHV avait le mérite de garder en rayon ses articles très longtemps. Il s'agit ici d'une des cinq répliques de 1959. La seule n'ayant pas encore fini dans un musée. Elle a en plus appartenu à Robert Rauschenberg, mort en 2008. L'artiste l'avait alors acquis de son ami Duchamp, qu'il admirait comme un précurseur des tendances les plus contemporaines.

Vendu la la Fondation Rauschenberg 

Rauschenberg a gardé l'objet toute sa vie. Il s'est donc retrouvé par la suite dans sa fondation. C'est cette dernière qui s'en dessaisissait par l'intermédiaire de la galerie parisienne de Taddaus Ropac. Elle a besoin d'argent pour éditer le catalogue raisonné de l’œuvre du pop-artiste. Il lui faut pour cela «diversifier son porte-feuille», comme l'explique élégamment son président. D'où cette tractation transatlantique. Les amis de l'art Institute ont fini par craquer. Ils auraient dépensé environ dix millions de dollars, mais allez savoir. Si c'est vrai, le prix illustre l'ascension de la cote duchampienne. Un autre exemplaire du porte-bouteille a été vendu pour un million de francs en 1988 par la galerie Daniel Templon. 

L’œuvre, que dis-je le chef-d’œuvre, sera présenté(e) dans les collections très importantes de l'Art Institute dès le 13 février. Il eut été évidemment plus amusant de l'installer, ne serait-ce que provisoirement, au Bazar de l'Hôtel de Ville. Mais l'humour ne constitue pas la qualité majeure des admirateurs du grand homme, qui fera l'objet d'une grande rétrospective au Musée des beaux-arts de Rouen du 15 juin au 24 septembre. L'institution se trouve du reste Esplanade Marcel-Duchamp.

Photo (Succession Marcel Duchamp/Galerie Taddaus Ropac, Paris 2017): Le porte-bouteille en question.

Texte intercalaire.

 

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