Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Ken Griffith s'offre deux tableaux pour 500 millions de dollars

Crédits: Kevin Wolf/AP

La crise n'atteint pas tout le monde de la même manière. Créateur en 1990 du «hedge fond» Citadel LLC, Kenneth Griffin, 47 ans, pesait l'an dernier 6,6 milliards de dollars. Ce natif de Floride a développé parallèlement un sens civique. En 2014, il a offert 150 millions de dollars pour le développement d'Harvard. L'université n'avait jamais reçu autant d'argent d'un seul coup. Ken Griffin le destine à l'épanouissement de jeunes talents, pas forcément financiers. 

L'homme a fait en toutes discrétion un achat fin 2015. «Bloomberg Businessweek» vient de vendre la mèche. Le milliardaire s'est offert deux tableaux, appartenant à une fondation créée par David Geffen pour 500 millions de dollars. La plus grosse tractation privé jamais enregistrée. Il est vrai que l'on ne sait pas tout, quand les choses ne se passent pas aux enchères. Le Gauguin bâlois passé aux mains des Qataris, début 2015, ne leur avait ainsi coûté «que» 300 millions.

De Kooning et Pollock 

Qu'a acquis Griffin? Deux sommets de l'abstraction lyrique américaine, qu'il avait vus en septembre lors d'une exposition à Chicago. Le premier (300 millions) est «Interchange», peint par Willem de Kooning en 1955. Bien que Néerlandais, l'artiste reste une gloire avant tout américaine. Il y avait même eu, en pleine guerre froide avec l'Iran, un échange entre des miniatures persanes du «Livre des Rois» et l'une de ses toiles conservée au Musée d'art moderne de Téhéran. Je rappellerai que de Kooning sera super-représenté au nouveau Kunsthaus de Zurich, grâce à la Collection Hubert Looser. Le Suisse en avait acquis beaucoup quand ils valaient «peanuts», ou peu s'en faut. 

La seconde toile est d'un auteur bien plus connu en Europe. Pour 200 millions de dollars donc, Griffin s'est offert «Number 17A» de Jackson Pollock, réalisé en 1948. Je préciserai que Griffin est, entre autre, «trustee» de l'Art Institute de Chicago. Privés, les musées américains louchent du côté du porte-monnaie. «C'est une dérive», me confiait il y a quelques années une collectionneuse, précisément de Chicago. «Jadis, les institutions regardaient ce que vous pouviez leur apporter en connaissances, ou éventuellement en relations. Maintenant, elles ne s'intéressent plus qu'à votre poids en dollars.»

Photo (Kevin Wolf/AP): Ken Griffin lors d'une conférence. L'homme pèse à 47 ans 6,6 milliards de dollars.

Texte intercalaire.

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