Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ / Heurs et malheurs du Louvre des Antiquaires

C'est un feuilleton, avec épisodes et rebondissements. Un certain commerce d'art parisien semble entré en agonie. Comme pour les maladies humaines, il arrive un moment où la dégradation s'accélère d'un coup. L'année 2013 a été aussi mauvaise pour les antiquaires que pour les libraires. Et, alors que 2104 commence à peine, de nouveaux craquements se font entendre. D'autres magasins disparaissent à un rythme accéléré. 

Le cas du quai Malaquais se révèle édifiant. Le premier a avoir cédé, il y a deux ou trois ans, est Leloup, un spécialiste de l'art tribal. Leloup n'est plus dans la bergerie. Il a fait place à l'un des deux magasins du styliste Dries van Noten en front de Seine. La Galerie Malaquais qui donnait, elle, dans la sculpture du XXe siècle a suivi. Son directeur pense rouvrir ailleurs, mais nul ne sait encore où. Restait le gros morceau, pour ce qui est du nombre d'arcades. Il vient de céder. Jean Renoncourt, qui n'est plus de première jeunesse, ni même de seconde, abandonne la partie. Son stock de meubles Empire et Restauration sera vendu les 15 et 16 juin au château de Cheverny, où se déroulent les enchères de prestige de la maison Rouillac. Il n'y aura pas de prix de réserve. Tout doit s'en aller. C'est dire où l'on en est arrivé.

Cherchez le repreneur 

Un malheur n'arrive jamais seul. Luohan, voué à l'art lettré chinois traditionnel, ferme également ses portes. "A louer". Ne reste plus actif sur le quai Malaquais que Kevorkian, la maison d'antiquités islamiques. Notez que les choses ne vont guère mieux sur la rive droite. Après Jean-François Heim qui déménage pour Bâle, après Aaron qui "se recentre" sur le tableau et le dessin aux dépends d'un mobilier de style devenu difficilement vendable, c'est Patrice Bellanger qui s'en va. L'unique réel spécialiste français de la sculpture classique se sent un peu vieux. Notez que lui, au moins, a trouvé un remplaçant pour reprendre les anciens locaux de l'historique Galerie Cailleux, morte de sa belle mort dès 1996. Il s'agit d'Eric Coatelem, le meilleur marchand de tableaux anciens de la capitale. Reste maintenant à savoir, dans ce jeu de chaises musicales, qui occupera dans le même faubourg Saint-Honoré les ex-espaces d'Eric Coatelem... 

Le symptôme le plus visible de ce marasme n'en reste pas moins le Louvre des Antiquaires, situé en face du Louvre tout court. Conçu sur le mode de l'hypermarché britannique, puces de luxe à ciel couvert, il a ouvert en fanfare fin octobre 1978. De véritables rues desservaient alors 250 boutiques. Il y en avait d'excellentes, parmi d'autres plus ronronnantes. A la fin des années 1990, un certain tassement s'est fait perceptible. Les antiquaires n'étaient plus que 158 en 2001. La Société foncière lyonnaise, propriétaire du bâtiment, aujourd'hui dirigée par Bertrand Julien-Laferrière, a alors décidé de ne plus renouveler les baux et de refuser une location à des nouveaux-venus. Elle avait visiblement une idée derrière la tête. Mais laquelle?

Deux ans de loyer contre un départ volontaire 

Une décennie durant, ou presque, les locataires ont ainsi fait des supputations. En quoi la Société transformerait-elle les lieux, progressivement vidés comme dans un film de Luigi Comencini sur le même thème intitulé "Mais qui a tué le chat?" Le plan a été présenté en 2013, alors que l'hémorragie atteignait son comble. Il n'y avait plus que 46 magasins ouverts fin 2012. Il s'agissait d'un centre que les propriétaires assurent plus grand, alors que les locataires le trouvent fâcheusement rabougri. Un espace avant tout conçu pour des boutiques de bijoux d'occasion. Les tenants du meuble ou du tableau ont alors fait de la défense passive. Ils ont attendu qu'on les mette à la porte contre un chèque. La Société se dit prête à leur payer deux ans de loyer. 

Aujourd'hui, le Louvre des Antiquaires a l'air d'un lieu sinistré. Il doit y rester une trentaine de marchands. Le dernier carré. Le seul ennui, c'est qu'il correspond ainsi, à Paris, à une profession moribonde. Fausse note ou accord parfait?

 

La BRAFA regroupe les marchands d'art ancien et moderne à Bruxelles

C'est la plus ancienne foire d'antiquaires, mais la chose se sait peu. L'actuelle BRAFA (Bruxelles Antiques and Fine Arts Fair), qui se déroulera cette année du 25 janvier au 2 février, a discrètement commencé son parcours à la Salle Arlequin de la Galerie Louise en 1955, avant de s'installer en 1967 au Palais des beaux-arts, désormais rebaptisé Bozar. La manifestation a pris son véritable essor depuis qu'elle a investi en 2005 Tour et Taxis, une ancienne poste 1900 particulièrement spectaculaire. Et encore! Sa première édition, dans ce qui demeurait alors un quartier déshérité, voire dangereux, s'était moyennement passée. Des pierres ont été jetées sur les Mercedes et autres Bentley, qui venaient insulter la misère. 

La 59e édition se déroulera sans doute de manière plus paisible. Pas d'infatida. Les 128 exposants proposeront de tout, dans le genre cher bien sûr. Bruxelles constitue ainsi la nouvelle capitale des spécialistes en archéologie (douze galeries) et en arts premiers (huit galeries). Mais dans ce dernier domaine, la BRAFA a toujours affaire au Winter Bruneaf, qui a lieu du 22 au 26 janvier dans le quartier des Sablons. Cet itinéraire, lancé en 1983, a donné depuis naissance au "Parcours des mondes" ethnographique parisien. Les bonnes idées sont faites pour se partager.

Avant Maastricht et Paris 

La BRAFA, où se trouvent aussi des "classiques modernes", s'adresse avant tout aux collectionneurs belges, aussi discrets qu'actifs (comprenez par là "acheteurs"). Elle attire néanmoins beaucoup de Français. Pour eux, le Thalys rend le trajet bien moins long qu'une épuisante visite à la TEFAF de Maastricht (du 14 au 23 mars en 2014). La foire bruxelloise apparaît d'ailleurs de plus en plus désirable aux galeristes. Si l'on bradait les mètres carrés la première année à Tour et Taxis, la liste d'attente comprendrait aujourd'hui cent maisons internationales. Il faut dire que l'essentiel de leurs affaires se traite maintenant lors de rendez-vous comme Bruxelles, Maastricht, Londres et Paris, où la 27e "Biennale" se déroulera en 2014 au 11 au 21 septembre. 

La BRAFA entend aussi réserver de l'espace à une exposition culturelle. Elle offrira cette fois des chefs-d’œuvre en provenance du tout proche musée d'ethnographie de Tervuren, qui vient de fermer pour travaux. Réouverture dans dix ans! C'est long, dix ans...

Pratique

"Bruxelles Antiques ans Fine Arts Fair", Tour et Taxis, avenue du Port 86C, Bruxelles, du 25 janvier au 2 février. Site www.brafa.be Ouvert tous les jours de 11h à 19h, le 30 jusqu'à 22h. Photo (site de la BRAFA): La foire lors de l'édition de 2013.

Prochaine chonique le jeudi 23 janvier. Expositions muséales genevoises: Cabinet des arts graphiques, Bibliothèque d'art et d'archéologie.

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