Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ GENEVOIS / Mission accomplie à l'Hôtel des Ventes

Tout s'est finalement bien passé. Ou presque. La particularité de l'Hôtel des Ventes, à Genève, est de ne pas se préoccuper des seuls lots vedettes. Il existe en effet deux manières bien différentes de faire tourner la boutique. La première est de braquer les projecteurs sur ce que Christie's et Sotheby's nomment les "highlights" et de se foutre du reste. La seconde de tenter d'écouler le plus fort pourcentage possible des objets confiés. Une méthode moins glamour, certes, mais plus utile. Personne n'a envie de voir revenir chez soi des œuvres dont il faut par tous les moyens (je pense notamment aux successions) se débarrasser.... 

Les estimations pour les vacations d'été, qui se terminent ce jeudi 19 juin avec les montres et bijoux, pouvaient sembler modestes, voire dérisoires. Il a fallu persuader les vendeurs de jouer le jeu. Mais, si un intérêt se manifeste au moment crucial, le résultat sera le même que dans une grande maison. Parfois même supérieur. L'Hôtel des Ventes forme pour les Suisses comme les étrangers (via le Net), l'endroit où l'on vient flairer la bonne affaire. Il suffit que les "inventeurs", au sens propre du terme, soient nombreux. Après une belle bataille de téléphones, la bonne affaire risque risque de se révéler plus onéreuse que prévu. Il faudra soit abdiquer, soit sortir ses sous.

Le masque mystérieux 

La dispersion de meubles français du XVIIIe siècle, genre aujourd'hui en défaveur, s'annonçait ainsi difficile. Eh bien, ils sont partis. Oh, pas toujours miraculeusement! N'empêche que le ravissant bonheur du jour estampillé Roussel (lot 697), prisé modestement entre 6000 et 8000 francs, en a fait 60.000, tandis que la luxuriante commode Louis XIV marquetée, (lot 652) affichée plus hardiment entre 30.000 et 50.000, en obtenait 38.000. Mission accomplie! 

Comme toujours, il y avait rue Prévost-Martin ce que j'appellerais "l'objet mystérieux". Entendez par là une chose dont on ne sait ni d'où elle provient, ni surtout de quand elle date. L'énorme masque (100 centimètres de haut) évoquant l'Antiquité romaine pouvait aussi bien remonter à l'époque mussolinienne qu'à la première Renaissance, celle de Frédéric II de Sicile au XIIIe siècle. Le lot 651 se voyait du coup estimé entre 3000 et 5000 francs. Il en a fait 28.000, ce qui constitue un "faux prix". Si les rêves les plus fous se concrétisent, le masque risque de faire par la suite une belle carrière commerciale.

Succès pour Gleizes et Cabanel 

Les tableaux faisaient, comme toujours, l'objet de la séance du mercredi soir. Là aussi, peu de ravalés, comme on dit en terme techniques (comprenez par là invendus). La plus forte enchère est allée à la "Trinité" d'Albert Gleizes, datée de 1944. Une toile très muséale. Quarante mille sur des espérances chiffrées entre 20.000 et 30.000. Une étude, avec des problèmes de conservation, d'Alexandre Cabanel pour son "Adam et Eve chassés du Paradis" de 1867 a grimpé à 30.000, au lieu des 3000 à 5000 prévus. Il faut dire que l'artiste a fait l'objet, il y a quelques années, d'une énorme exposition à Montpellier et à Cologne. "Le goûter des enfants" d'Henri Baptiste Lebasque s'est envolé à 35.000. L'estimation était comprise entre 12.000 et 18.000. 

Si les dessins un peu secs d'Albert Anker pour illustrer les romans paysans de Jeremias Gotthelf ont déçu, un autre échec apparaissait prévisible. Impossible de vendre entre 30.000 et 50.000 francs un nu baroque de Carlo Cignani sans un avis positif de l'experte italienne (dont l'Hôtel attend toujours la réponse...). On peut en revanche parler de succès pour nombre de toiles genevoises sinistres du XXe siècle, allant de Jacques Desperthes à Roger Delapierre. Elles ont trouvé preneur! Photo (Hôtel de ventes): La "Trinité" d'Albert Gleizes, 1944.

Ceci est un (petit?) texte intermédiaire. Demain vendredi 20 juin, comme prévu, le Genevois Hadrien Dussoix.

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