Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Genève Enchères est parti pour sa quatrième série de ventes

Crédits: Genève Enchères

On se croirait chez un Tartarin de Tarascon qui aurait réussi sa chasse. Tandis qu'un lion, réduit à l'état de carpette, donne de la tête sous la table (un autre en meilleur état se retrouve dans un caisson vitré), un peuple de décapités garnit les murs. L'hippotrague noir voisine avec la gazelle de Thomson ou l'impala. Le plus spectaculaire, chez Genève Enchères, rue de Monthoux, réside tout de même dans les défenses d'éléphants. Il y en a grandes, de très grandes et même d'immenses, exportées du Kenya en mars 1970. Les plus longues mesurent respectivement 266 et 265 centimètres (estimation 30.000 et 50.000 francs). 

Ces trophées, dont une partie du produit de la vente ira (politiquement correct aidant) à une association de protection des animaux, faisaient partie d'un des trois intérieurs dispersés par la jeune maison de vente, qui en arrive à sa quatrième vacation. Il s'agit ici de la maison néo-classique jurassienne décorée dans les années 1920 par l'architecte d'intérieur Paul Röthlisberger. «Nous ne donnons pas le nom de la famille, mais on nous a dit qu'elle est très reconnaissable sur la photo», précise Cyril Duval. N'étant pas dans le secret des dieux jurassiens, je ne saurais en dire plus, si ce n'est que la génération d'après-guerre a adoré la chasse. Elle n'est pas revenue d'Afrique les mains vides. Un détail d'importance. Il s'agit ici d'une collection et non pas d'une succession. Le taux de mortalité apparaît en effet élevé dans les dispersions de ce genre.

Un choix un peu décanté 

«Les gens commencent à nous proposer de vendre leur mobilier et les objets», explique Olivier Fichot, deuxième des associés de Genève Enchères, le troisième étant Bertrand de Marignac. «Ils ont vu les résultats des trois premières séries. Ils pensent que nous sommes maintenant rodés.» Ce qui ne trouve pas preneur le jour dit s'écoule souvent par la suite, en «after sale». Les services de livraison se révèlent plus que correct, ce qui a son importance suivant la taille et le poids de certains lots. Il existe enfin la chance. En décembre dernier, un Bouddha dont on ne demeurait pas trop sûr au départ qu'il soit bien Ming, avait été prisé autour de 1500 francs. Il en a fait 550.000, auxquels il faut rajouter les échutes. «Quand on a eu en mains, avant la vente, une offre à 50.000 ferme, on a pensé que c'était bon.» 

Il n'y a a pas que de bonnes expériences. Certaines catégories d'objets, et surtout de meubles, se vendent mal. Voire plus du tout. «Nous nous montrons moins sélectifs sur la valeur potentielle d'une œuvre que sur sa capacité à trouver un amateur», déclare Olivier Fichot Surtout s'il s'agit d'une énorme armoire. Ce que l'on pouvait voir il y a quelques jours rue de Monthoux annonçait un choix décanté. «Il y a pourtant en tout à peu près le même nombre de numéros», corrige Cyril Duval. «Jamais trop. Nous n'avons pas envie de soirées interminables mettant notre public à mal.»

Le décorateur de l'aéroport 

Le reste de ce que le public pourra découvrir les jours de visite, prévus les vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 avril, provient donc de deux autres sources principales. La première est celle de Marcel Blondel, qui tint de 1948 à 2011 une enseigne d'ensemblier décorateur à Genève, au 18, rue de la Cité. Blondel n'a pas peut-être pas laissé un nom marquant, mais il a tout de même eu pour clients les Rothschild ou Marcel Dassault. Plus Cointrin, bien sûr, dont il a remporté le concours d'aménagement en 1966. Notons ainsi que le No 1015 de Genève Enchères est une banquette d'aéroport créée en 1969 pour une aire d'attente en métal chromé et cuir noir. Estimation: entre 2000 et 3000 francs. Gageons que les autres ont fini depuis longtemps à la benne. 

La seconde série d'objets, infiniment plus séduisants (même si viennent aussi de la maison Blondel des meubles tardifs de Jacques Adnet comme des luminaires de Max Ingrand) sort d'un appartement genevois rempli jusqu'au moindre recoin. Pour tout dire, Genève Enchères proposera encore en juin d'autres éléments de ce décor, dont une partie a par ailleurs déjà passé en vente chez Artcurial à Paris et dont les tableaux se retrouvaient en janvier sur un stand d'ArtGenève. Il s'agit avant tout de créations Art Déco, souvent romandes comme les céramiques de Bonifas, l'argenterie de Duvoisin ou les meuble de Jean-Charles Mennet. Mais il y a aussi là des pièces antérieures, dont l'une au moins possède un vrai «pedigree». Le siège de Josef Hoffmann, prisé entre 3000 et 5000 francs (prix d'amis), a été exécuté pour Ferdinand Hodler, qui fut proche de la Sécession viennoise. 

Voilà. Je ne vous en dirai pas plus. Il existe un catalogue, où tous les lots ne sont pas reproduits. Les photos se retrouvent en revanche sur le site, où vous pouvez même les agrandir.

Pratique

Genève Enchères, 38, rue de Monthoux, Genève, Tél. 022 710 04 04, site www.geneve-encheres.ch Visites le vendredi 15, le samedi 16 et le dimanche 17 avril de 12h à 19h. Ventes aux enchères publiques le 19 avril à 18h30, le mercredi 20 avril à 12h et à 18h30, le jeudi 21 avril à 12h et à 18h30. Il y a aussi une vente silencieuse.

Photo (Genève Enchères): Une petite esquisse (24 centimètres de large) de François Bocion (1828-1890). Estimation entre 5000 et 8000 francs.

Prochaine chronique le samedi 16 avril. Le Louvre expose Hubert Robert, qui est un peu à l'origine du musée.

 

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