Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Genève Enchères a séduit avec ses objets mésopotamiens antiques

Crédits: Genève Enchères

Tout s'est bien passé. Il a pourtant failli ne rien arriver du tout. Je ne vous l'avais pas dit avant la vente, qui s'est tenue ce mardi 24 avril à midi. Mais le fait de livrer au commerce près de mille pièces archéologiques mésopotamiennes a fait tiquer. Un avocat genevois a voulu jouer au justicier. Je ne donnerai pas de nom, mais j'ai un suspect tout trouvé. Cette personne a donné de la voix. La Justice est donc intervenue. Jusqu'à jeudi dernier, l'ensemble proposé par Genève Enchères se trouvait bien rue de Monthoux, mais sous séquestre. Mister Propre a finalement été débouté.

A 12 heures donc, par grand soleil, il y avait du monde dans la salle. Du public comme rarement. De vrais acheteurs, venus s'offrir un vrai témoignage des premiers temps de l'écriture. Il y en avait bien sûr d'autres amateurs au téléphone et, comme c'est de plus en plus souvent le cas, sur internet. Au marteau et en nœud papillon, Olivier Fichot a donc pu commencer la vacation. Rythme lent. Après une heure, seuls 40 des 181 lots avaient été adjugés. Jusque là, sans aucun objet «ravalé». Il n'y en aura du reste qu'une demi-douzaine par la suite, ce qui donne un pourcentage de ventes impressionnant. Et tout n'était pas dit sur le coup des 15 heures! J'ai entendu des gens demander s'ils pouvaient faire des offres pour les quelques babioles restantes.

Pour amateurs cultivés 

Après quelques bijoux antiques provenant d'une autre collection, les choses ont débuté avec des tablettes, des clous et des briques de fondation. Très modestes, les estimations se sont souvent vues pulvérisées. Oh, bien sûr, nous sommes restés dans les quatre chiffres. Mais il ne faut pas oublier deux choses. La première est que le monde du cunéiforme (qui va de trois millénaires avant Jésus-Christ aux premiers siècles de notre ère) exige une certaine culture, voire une culture certaine. Or le temps des médecins, des avocats ou des notaires flirtant avec l'Antiquité semble bien révolu. Nul ne demande certes à personne à lire le mitannien, l'assyrien, le néo-babylonien ou l'akkadien dans le texte et sans dictionnaire. Mais tout de même! L'autre désavantage tient à la taille réduite des pièces proposées à une époque où l'art se veut gigantesque. Surtout pour les sceaux-cylindres. Quand l'un de ces derniers mesurait trois centimètres de haut, le public avait l'impression d'un géant. 

Les enchères ont donc fusé, mais avec lenteur et parfois même retenue. Il est toujours amusant de regarder les gens quand on reste simple spectateur. La modération tient parfois aux moyens des acheteurs, qui ne sont pas du genre «new money». Il y a aussi l'éducation. L'entourage. J'ai ainsi observé un couple dont l'épouse refrénait systématiquement la fièvre acheteuse du monsieur. D'autres personnes se laissaient plus volontiers aller. Après tout, une telle vente ne se reverra pas en Europe de si tôt. Et les prix restaient dans les 1000, les 2000 ou les 3000 francs, quand ils ne limitaient pas à quelques centaines. Qu'est-ce que 300 francs pour quatre millénaires? La plus haute enchère est allée à une tablette cunéiforme, dite de Fara. Si vous voulez tout savoir, elle remonte à la période présargonique, dynastie archaïque, soit entre 2900 et 2340 avant notre ère. Neuf mille francs, auxquels il faudra bien sûr ajouter les taxes d'usage. 

L'équipe de Genève Enchères, qui a travaillé une année entière sur une collection ayant exigé un énorme effort d'identification et de points de comparaisons (et je ne vous dis pas les sujets, qu'il a bien fallu trouver!), se dit bien sûr ravie. Le vendeur le sera sûrement aussi. Dès ce mardi soir, les ventes de la rue de Monthoux redeviennent plus classiques. Des bijoux, et puis de l'art suisse, ancien ou contemporain dans les jours à venir (www.geneve-encheres.ch).

Photo (Genève Enchères): Tablette cunéiforme, dite de Fara, période présargonique, dynastie archaïque, 2900-2340 av. J.-C. Le prix record: 9000 francs.

Texte intercalaire.

 

 

 

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