Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Genève Enchères a réussi sa vente russe et... genevoise Art Déco

Crédits: Genève Enchères

Il aurait fallu un frère jumeau (ou une sœur jumelle) pour suivre les ventes de décembre à Genève. Si les jours de visite communs entre Piguet (ex-Hôtel des Ventes) et Genève Enchères constituent un atout pour les gens venus de l'extérieur, il me semble difficile d'en dire autant pour les vacations, qui ont cette fois eu lieu simultanément les mardi 13, mercredi 14 et jeudi 15 décembre. Chacun devait choisir son camp, ou tout au moins sa rive du Rhône.

J'ai le chiffre définitif de Genève Enchères. C'est 1,9 million au marteau, 2,3 avec les commissions. La vente russe s'est bien passée. «J'avais estimé les deux kovsh en argent et vermeil du XVIIe siècle entre 20 000 et 30 000 francs», explique Cyril Duval. «A 60 000, j'aurais été heureux. Eh bien l'un a obtenu 170 000 et l'autre 190 000 (1).» Il faut dire que de tels objets, connus depuis longtemps, connaissent peu d'équivalents en vente publique. D'autres lots ont créé la surprise. Un petit tableau donné comme «dans le goût de Jean-Jacques Henner» et prisé entre 400 et 600 francs, non reproduit dans le catalogue, en a ainsi obtenu 26 000 de la part d'un Britannique. Il semble s'agir d'une toile anglaise, plutôt dans le goût de William Blake avec sa femme extatique.

Le mobilier de Pernet s'est vendu!

Les bijoux sont très bien parti, en particulier une bague avec une grosse émeraude. La tête de rhinocéros, dotée de sa corne magique (du moins pour les Chinois), a atteint 63 000 francs. Beaucoup plus amusant, le lustre formé de bois de cerf offert en 1831 par Guillaume de Nassau à Carl prince de Prusse est en revanche resté sur le carreau. Il y a en effet eu un certain nombre d'invendus. Mais dès vendredi 16, alors que les acheteurs venaient chercher les lots, les tractations marchaient ferme dans un espace de la rue de Monthoux entièrement réaccroché avec les laissés popur compte cherchant preneurs. Beaucoup de gens aiment ainsi à faire les soldes. 

Je vous ai écrit le 7 décembre tout un article sur l’extraordinaire mobilier du genevois Percival Pernet, conçu vers 1930 pour une villa moderniste à La Belotte. Et bien les quelques 70 pièces (si j’additionne les éléments des différents lots) sont toutes parties, sauf une. Le grand miroir, hélas en partie refait après un accident survenu à sa partie haute. Oh, les prix n'ont pas été mirobolants! Mais je vous rappelle que les commodes, les coiffeuses ou les lits étaient vraiment énormes. Il s'agit donc d'un décor dispersé, certes, mais aujourd'hui sauvé. Le Musée d'art et d'histoire était là, représenté par Bénédicte de Donker, la nouvelle Madame arts décoratifs. Il (ou elle) a acheté quatre lots. Pour une fois, l'honneur est sauf!

(1) Je donne ici, contrairement à l'article sur Piguet qui suit immédiatement, les prix au marteau. Rajoutez donc un quart pour les échutes et les taxes. Sortez la calculette! Ou comptez de tête. C'est bon pour le cerveau.

Photo (Genève Enchères): Le kovsh de 1694 vendu 190 000 francs (auxquels il faut rajouter environ 25 pour-cent de frais.

Texte intercalaire.

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