Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Encore une vente Saint Laurent pour Artcurial!

Ce serait un événement très parisien, s'il n'avait pas lieu au Maroc. Le 31 octobre, Artcurial dispersa au Es Saadi Palace de Marrakech un ensemble oriental sous le titre d'«Une passion marocaine». Il s'agit encore d'une collection Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, dont l'un des appartements parisien et le manoir normand ont déjà été vidés. La vente aura lieu au profit de la Fondation Jardin Majorelle. On sait en effet que le couturier et son partenaire ont acheté dans la ville la Villa Majorelle pour sauver cet ensemble unique de la destruction. Un complexe hôtelier devait prendre sa place dans les années 70. 

Pierre Bergé, qui fête ses 85 ans cette année, prépare une nouvelle fois sa succession. Sans héritiers directs, il garantira en partie par cette vente la sauvegarde de jardins créés par le peintre Jacques Majorelle à partir de 1923 (l'homme d'affaires français les a récemment érigés en fondation). Fils de Louis Majorelle, le menuisier vedette de l'Art Nouveau, le Nancéen était allé chercher l'inspiration dans un Maroc colonial. Dès 1947, son parc devint public. Hélas, la vogue de l'artiste allant déclinant, il lui a fallu lotir sa propriété par bribes et morceaux jusqu'à sa mort en 1962. Le malheureux ne pouvait pas se douter de la cote insensée que prendraient par la suite ses toiles exotiques. La brochure de la saison septembre-décembre 2015 d'Artcurial annonce ainsi, quelques pages avant la vente de Marrakech, un certain «African Spirit». Un assez mauvais Majorelle, «Mère et enfant d'Afrique noire», s'y voit estimé entre 350.000 et 550.000 euros...

Tout ce qui est à la mode 

Il se révèle par ailleurs instructif de lire ce fascicule promotionnel. «Première maison française de vente aux enchères» (1), Artcurial a apparemment tout compris du marché actuel. Il suffit de voir ses propositions jusqu'à la fin de l'année. Il y a un maximum de design, puisque ça marche et qu'un improbable bureau de Jean Prouvé s'est vendu 1,1 million d'euros. Vous ajoutez à cela de la décoration avec des «Intérieurs du XXe siècle», proposant des banalités de luxe signées de Dior arts de la table ou de l'ensemblier Christian Liaigre. Un peu de "Post-War & Contemporain" ne fait pas de mal. Il utilise comme par hasard un Zao-Wou-Ki comme appel du pied. 

Les autres domaines semblent désormais bien balisés. Citons la bande dessinée (cette fois «L'univers de Jacques Tardi»), les sacs «vintage» d'Hermès, la photo mode et people, des automobiles et un peu d'Art Déco destiné à une clientèle plus âgée. J'allais oublier l'art tribal, qui arrivera le lundi 14 décembre, un peu comme la grêle après la vendange vu que le «Parcours des Mondes» a déjà eu lieu en septembre. Où sont passés les classiques? Pas tout à fait à la poubelle. Il se déroulera une vacation de tableaux et de dessins anciens le 13 novembre, au moment de «Paris-Tableau». «Un couple d'amateurs» vendra par ailleurs ses toiles et son mobilier du XVIIIe. Normal! Les gens sont aujourd'hui vendeurs en la matière. Ce sont les acheteurs que l'on chercherait plutôt.

Hongkong et Munich 

Tout va donc bien pour Artcurial, qui organisera sa première vente à Hongkong du 2 au 6 octobre, «dans une galerie rappelant les intérieurs des hôtels particuliers parisiens.» La maison, qui organisait déjà des enchères à Monte-Carlo depuis dix ans, y installe aujourd'hui un lieu permanent. Quant à la constellation des bureaux, qui va de Bruxelles à Milan en passant par Vienne, elle s'enrichit d'un strapontin à Munich. S'en occupe Moritz, Freiherr (baron) von der Heydte, qui a l'air d'un jeune homme très convenable sur sa photo. Il lui faudra draguer toute l'Allemagne. Vaste travail...

2016 commencera en trombe avec des ventes de bijoux (à Monte-Carlo) et de «motorcars» (à Paris), dont les catalogues ne sont bien sûr pas encore clôturés. Sachez cependant qu'il y aura là une des obligatoires Ferrari faisant rêver ces grands enfants que restent les milliardaires. La 250 GT SWB Berlinetta, bleue comme au jour de sa naissance, se voit estimée entre 10 et 12 millions d'euros. Qui a dit qu'il sévissait une crise dans l'automobile? 

(1) Christie's et Sotheby's sont internationaux, pour ne pas dire apatrides.

Photo (Artcurial): La Villa Majorelle, renommée Villa Oasis par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Elle est pourtant restée peinte en "bleu Majorelle".

Pratique

Site www.artcurial.com

Prochaine chronique le samedi 17 octobre. Zurich est complètement Miró.

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