Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ DE L'ART / Ventes Krugier, c'est reparti!

Bis repetita. La vente posthume de Jan Krugier continue. Elle ressemble à une rapide hémorragie. Deux nouvelles vacations sont annoncées pour les 5 et 6 février. Elles comprendront, en tout, 119 lots. Trente-sept le premier jour et 82 le lendemain. Bien qu'annoncées spécialement, ces dispersions feront en effet partie de cessions plus vastes. 

Tout indique en effet un changement de politique des héritiers. D'abord le lieu. Londres a remplacé New York. Ensuite la firme. Sotheby's prend la place de Christie's, qui avait un peu fait flop l'automne dernier, en dépit des 113,7 millions de dollars engrangés. De nombreuses pièces étaient restées invendues. Ravalées, comme on dit à Drouot!

Des oeuvres bien connues et souvent exposées 

Christie's avait vu trop grand en novembre. Cela commençait avec le genre d'exposition préalable. La décoratrice Annabelle Selldorf avait imaginé un faux appartement à l'intérieur du Rockefeller Center. La comédie des erreurs se poursuivait par le montant des estimations. Difficile de dire que celles-ci se montraient incitatives! C'était à chaque lot le coup de matraque. Trente millions de dollars pour un petit Kandinsky. La même chose pour une maquette de sculpture signée Picasso. Voilà qui faisait bien cher le centimètre carré. Mais après tout, comme le dit volontiers le directeur d'un autre département de Christie's: "Nous ne faisons jamais que refléter des prétentions." 

Chez Sotheby's, celles-ci passeront brutalement de la surestimation à la sous-estimation (sauf pour une sculpture de Giacometti). Avec l'espoir avoué que, du coup, les clients se battront au lieu de garder les bras baissés. Le journaliste Judd Tully l'explique bien sur son site. Pratiquement toutes dessinées, les œuvres sont connues. Nombre d'entre elles, choisies non seulement par Jan Krugier mais par son épouse Marie-Anne Poniatowski, ont fait partie des expositions organisées par le couple dans les plus grands musées européens. Après Berlin et Venise en 1999, il y a ainsi eu Madrid en 2000, Paris en 2002, Vienne en 2005 et Munich en 2007. Rappelons que Genève, la base commerciale du marchand, figurait initialement sur la liste. Comme souvent avec Jan Krugier, il y a eu un petit clash.

Prix très incitatifs 

Souvent montrés en public, plusieurs fois publiés, les dessins et aquarelles proposés les 5 et 6 février devraient donc obtenir bien davantage que ne le voudraient des évaluations parfois fort modestes. Les noms avancés figurent en plus parmi les plus célèbres. J'ai relevé, en consultant le site mal foutu de Sotheby's, les noms de Cézanne, Picasso, Van Gogh, Goya, Hopper, Klimt, Matisse, Seurat, Bonnard, Géricault (l'un des artistes favoris de Jan Krugier), Menzel ou Klee. 

Or si les prix affichés pour le 5 au soir restent encore coquets, que dire des 6000 à 8000 livres pour un superbe nu féminin à la plume de Delacroix? Ceci sans parler des 1500 à 2500 livres pour un très joli paysage de Corot ou un ravissant Granet. Par rapport aux tarifs du prochain Salon du Dessin parisien, annoncé pour le 26 mars à la Bourse, ce sont vraiment là des soldes d'hiver!

Pratique 

www.sotheby's.com, ventes les 5 et 6 février à Londres, Bond Street. Catalogue (péniblement) consultable en ligne. Photo (Sotheby's): Un pastel de Degas qui fera partie de la vente du 5 février.

 

D'"Artgenève" à Odilon Redon, il y a abondance de biens ce week-end

C'est toujours comme ça. Après les vaches maigres, les vaches grasses. Elle confinent même ce week-end à l'obésité. Il y a beaucoup trop à voir, si l'on veut sembler au courant de tout. 

Pour commencer, c'est la fin d'"Artgenève", dont j'ai déjà parlé. Si la foire reste assez conventionnelle à Palexpo, il y a là de beaux stands. Dans le genre classique, je pense à Ditesheim & Maffei ou à Simon Studer. Plus proches de notre temps, allez voir Rosa Turetsky ou Caroline Smulders qui présente les "Peintures" (forcément minimales) de Jean Pierre Raynaud. N'oubliez pas de faire le tour complet de cette manifestation, au plan peu clair. Il faut parcourir le stand des éditeurs, celui du FMAC ou celui du Centre d'art contemporain. Même le Mamco est là! C'est dire.

De Bâle à Lausanne 

Il y a bien sûr une suite. A Genève, le Centre d'art contemporain et Art & Public ont ouvert leurs nouvelles expositions. Il en sera question ici le 8 février. Dans un tout autre genre, le Musée d'art et d'histoire s'y est mis. Il montre jusqu'au 27 avril "Corps et esprit, Regards croisés sur la Méditerranée antique". N'ayant pas été invité au vernissage, je ne saurais vous en dire plus pour l'instant sur cette manifestation archéologique. 

A Lausanne, le Musée cantonal des beaux-arts a proposé l'ouverture de "Giacometti, Marini, Richier, La figure tourmentée", prévu jusqu'au 27 avril. C'est plutôt bien.  Mon article est pour le 12 février. N'ayant pas le don d'ubiquité, je n'ai en revanche pas vu l'"Odilon Redon" tout neuf de la Fondation Beyeler de Bâle-Riehen, qui se terminera le 18 mai, ni le "Markus Raetz, Estampes et sculptures" du Kunstmuseum de Berne, agendé lui jusqu'au 18 mai. 

Et ce n'est sans doute pas tout...

Prochaine chronique le lundi 3 février. L'Elysée lausannois montre les photos de Philippe Halsman.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."