Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ DE L'ART / La rue Etienne-Dumont est repartie!

Au rythme où les commerces apparaissent et disparaissent de nos jours, les quartiers connaissent fatalement des hauts, et donc des bas. Une boutique bas de gamme peut remplacer un magasin de luxe après un échec retentissant. On a bien vu, à Genève, une solderie de chaussures prendre un temps la place, dans les Rues Basses, d'une boutique tout en marbre conçue au départ pour Dior. Grandeur et décadence, même provisoire... 

Ainsi en va-t-il de la Vieille Ville. La Cité abrite désormais de tout. La Grand-Rue se défend un peu mieux. Jusqu'à ces derniers temps, la rue Etienne-Dumont apparaissait sinistrée. Il y avait bien, côté Bourg-de-Four, les deux galeries Jacques de la Béraudière et Artvera's. Mais plus haut... Dans mon enfance, au moins, existaient là la pâtisserie Rossi et la boucherie Städler. Depuis, les magasins semblent tourner à une vitesse devenue folle. Seule reste fidèle au poste Tilène et ses bijoux fantaisie. Si la vraie Tilène, que j'ai connue, a quitté ce monde (elle serait aujourd'hui plus que centenaire!), l'échoppe continue tout à fait dans sa ligne.

Bonhams, pour commencer 

Il y a un an, bonne nouvelle, Bonhams prenait la place d'un lieu assez triste voué à la vente de jouets de luxe. Fondée en 1793, la maison anglaise de ventes aux enchères s'est depuis quelque temps spécialisée dans les vacations un peu insolites. Une manière comme une autre de prospérer à l'ombre de Christie's et de Sotheby's. Un assez vaste espace se voyait remodelé, pour donner désormais sur la rue. Un net mieux. 

Le 20 mars dernier, Phoenix établissait un peu plus haut son second espace, destiné aux "young collectors" d'art antique. Luxueusement réhabilité en gris avec des touches de rouge, ce rez-de-chaussée surélevé a connu toutes sortes de gens. Au fil du temps, j'ai connu là de la restauration quelconque, des bicyclettes, de longues périodes de vide et un marchand de lustres. Enfin, à la place d'une des multiples boutiques de mode vérolant aujourd'hui la ville, Sébastien Bertrand vient d'installer en face sa seconde galerie genevoise, après celle des Eaux-Vives. C'était le 24 avril. Pourquoi? Comment? Rencontres.

 

Phoenix: "Nous avons choisi de nous intéresser aux jeunes collectionneurs" 

Difficile de faire plus intimidant que Phoenix à la rue Verdaine, où les vases grecs le disputent aux bronzes égyptiens. "Les gens qui osent sonner chuchotent chez nous comme dans un musée", explique Ali Aboutaam. "Nous manquions aussi cruellement de place", déclarent en chœur ses employés, jusqu'ici tassés au premier étage, la galerie occupant aussi bien le rez-de-chaussée que le sous-sol. "Et puis, il fallait un endroit pour déployer notre énorme bibliothèque." 

Les Aboutaam ont eu l'occasion de louer un espace dégradé, qu'ils ont fait réhabiliter par un architecte suisse-alémanique. "Un homme très efficace." L'importance de la surface les a incités à créer un magasin de type différent. "Phoenix Ancient Art Young Collectors" est un peu devenu ce que la boutique de Cartier constitue par rapport à son secteur de haute joaillerie. "Mais attention! Cela ne signifie pas que nous vendions ici de mauvais objets. Il s'agit de pièces moins importantes, ou simplement peu à la mode." Il existe en effet des tendances pour tout. "Quand j'ai débuté", rappelle l'un des spécialistes travaillant dans la maison, "le top semblait l'étrusque ou le sarde. C'est bien fini." Il y a aussi des injustices. Un objet de goût hellénique produit en Italie du Sud vaudra toujours moins cher que son homologue sorti du sol attique...

De 140 à 20.000 francs 

Parlons chiffres. Rien de plus simple. Alors que les prix restent confidentiels, rue Verdaine, ils se voient ici affichés. On part de 140 francs suisse pour une jolie lampe à huile pour monter jusqu'à 20.000 francs. Le prix d'un poids en chlorite sculpté de lions ou d'un fragment de torse en marbre. Une large gamme de tarifs, donc. Certains jeunes collectionneurs sont apparemment plus riches que d'autres... Ou alors plus conventionnels dans leurs goûts. Il y a de très jolies choses insolites pour moins de 1000 francs. Allez jeter un œil!

Pratique

"Phoenix Ancient Art Young Collectors", 9, rue Etienne-Dumont. Tél. 022 301 93 78, site www.young-collectors.com Ouvert du lundi au vendredi de 10h30 à 18h30.

 

Sébastien Bertrand: "J'avais besoin d'une visibilité accrue"

Savez-vous où se situe la rue du Simplon? A moins d'habiter aux Eaux-Vives, sans doute pas. C'est pourtant là que Sébastien Bertrand a ouvert sa galerie d'art contemporain, au numéro 16, il y a cinq ans. Il était alors associé à Romain Gruner. Vaste, de belles proportions, l'espace avait servi auparavant pour réparer des bateaux. Autant dire que la vue sur l'extérieur restait nulle. Seule une meurtrière de verre, au centre de la porte d'entrée, donne aux (rares) passants l'idée de ce que peut passer à l'intérieur. 

Sébastien Bertrand a fait plusieurs fois une foire comme Artgenève. "Il me faut absolument acquérir de la visibilité. Si j'ai pu tenir jusqu'ici, c'est que je possède de nombreux clients à l'étranger. J'ai ainsi eu la chance d'avoir des gens pour me suivre." Difficile de faire mieux dans un quartier de Genève où ne loge aucune autre galerie. "J'ai pu m'installer par chance à la rue Etienne-Dumont. Je connaissais l'architecte devant rénover l'immeuble. Une boutique de mode s'en allait..."

Quatre artistes pour l'ouverture

Le galeriste occupe aujourd'hui deux espaces. Il lui faudra virevolter avec une petite équipe. "Je ne ferai pas de nette différence. La place supplémentaire me permettra de développer d'autres projets dans un rez-de-chaussée ne mesurant que 90 mètres carrés." Trois artistes se partagent le lieu pour l'ouverture. Quatre si l'on pense que Yarisal & Kublitz forment un couple de sculpteurs (les deux autre étant le peintre Michael Hilsman et le photographe Richard Kern). "Ils auront un public bien plus large qu'au Simplon. Ici, je dispose d'une vitrine et la rue est toujours pleine de promeneurs et de gens assis aux terrasses."

Pratique 

"Sébastien Bertrand, Galerie 2", 14, rue Etienne-Dumont, tél. 022 700 51 51, site www.galeriebertrand.com Ouvert du mercredi au vendredi de 15h30 à 18h, le samedi de 13h à 18h. Photo (DR): La plaque et l'historique de la rue.

Prochaine chronique le vendredi 2 mai. Salon du livre à Genève. Un éditeur et un auteur d'ici. Que leur apporte cette foire?

Profitons de cette chronique pour signaler qu'Art en Vieille (AVV) se réroulera le jeudi 8 mai dès 17 heures. Ouverture exceptionnelle ensuite le samedi 10 mai entre 11h et 17h.

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