Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ / Condamnation d'un Genevois pour un faux Max Ernst

On en apprend, des choses, en lisant la presse! L'article que je suis en train de pomper a paru ce lundi 27 mai dans "Le Quotidien de l'art", No 385, alias "The Art Daily News". Il parle des dégâts collatéraux provoqués jusqu'à Genève par "l'affaire Beltracchi". On se souvient de l'histoire. Condamné en septembre 2011, le faussaire germanique avait inondé le marché de faux tableaux supposés de classiques du XXe siècle. Max Ernst avait constitué l'un de ses modèles préférés. Werner Spies, l'expert reconnu de l'artiste, avait ainsi signé des certificats d'authenticité contre argent. 

Mais venons-en à l'article. "Suite à une plainte de la société Monte Carlo Art SA, le Tribunal de grande instance de Nanterre a condamné vendredi 24 mai l'historien de l’art Werner Spies et le galeriste français Jacques de la Béraudière, installé à Genève, à payer à la plaignante la somme de 652 833 euros auxquels viennent s’ajouter les dépens." Il s’agit de réparer le préjudice subi suite à l'achat d'un (faux) tableau de Max Ernst. "Ce dernier fait partie des quatorze toiles que Wolfgang Beltracchi, le faussaire allemand, a reconnu avoir peintes lors du procès qui a eu lieu à Cologne en 2011. En outre, le tribunal a condamné Werner Spies «à garantir Monsieur Jacques de la Béraudière à hauteur de la moitié de la somme de 652 833 euros».

Entre Monte Carlo et Panama

Je continue mes citations. "L'oeuvre avait été achetée à la galerie Cazeau-Béraudière, à Paris, par Louis Reijtenbagh, via sa société Minneba Ltd Corp, immatriculée aux Îles Vierges britanniques, et facturé 900 000 dollars par la société Lontel Trading SA (domiciliée au Panama) le 22 septembre 2004. Le jugement ne mentionne pas le propriétaire de la société panaméenne. En revanche, il énonce qu'en 2005 la société Minneba Ltd. Corp a été renommée Monte Carlo Art SA, dont l'unique associé est Louis Reijtenbagh. Ce dernier a acquis le tableau parce que le galeriste disposait d’une photo portant une mention écrite de Werner Spies qui s'engageait à faire figurer la toile dans le Catalogue raisonné de Max Ernst. Compte tenu de la réputation mondiale de Spies, le tableau pouvait donc être considéré comme authentique."

Tout partait bien. Seulement voilà! La toile a été vendue chez Sotheby's à New York le 12 novembre 2009. Déduction faite des frais vendeur, Monte Carlo Art SA a perçu 969 000 dollars. Mais un an plus tard, Sotheby's a informé Louis Reijtenbagh que la vente devait être annulée dans le cadre de l'enquête de l'affaire Beltracchi. "Monte Carlo Art SA a donc remboursé l'équivalent de cette somme, soit 652 833 euros actuels, et a assigné en conséquence Werner Spies et Jacques de la Béraudière en mars 2011. Pour la cour, le spécialiste et le galeriste ont commis des fautes, en omettant d'approfondir leurs recherches et vérifications, voire en émettant un écrit ayant valeur d'un certificat d'authenticité sans réserves. Ils ont été condamnés in solidum. Même s'ils peuvent faire appel, ce jugement, longuement attendu, pourrait faire jurisprudence."

La Carte blanche d'Orsay

Je ne sais pas si vous souvenez, mais vendredi 24 mai, Spies présidait en gloire la conférence de presse à la Fondation Beyeler de Bâle, qui propose depuis dimanche une rérospective Max Ernst. L'homme en est le commissaire tout ce qu'il y a de plus officiel. Et ce n'est pas tout! Comme le rappelle "Le Quotidien de l'art", le musée d'Orsay a invité l'homme à l'occasion de ses 77 ans, le 1er avril (sic!) 2014, au musée de l'Orangerie. "Cette Carte blanche à Werner Spies devrait prendre la forme d’une exposition d'œuvres sur papier à choisir dans la collection du musée." 

Un dernier mot. Malheureux. Le faux tableau de Max Ernst ici incriminé s'appelle "Tremblement de terre"...

 

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