Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MARCHÉ/Artcurial absorbe John Taylor. Des enchères à l'immobilier

Crédits: AFP

C'est ce qui s’appelle avoir de l'appétit! Artcurial (1) ne se contente plus d'ouvrir des succursales (comme à Munich, Vienne, Monte-Carlo, Milan et j'en passe) ou des bureaux (Pékin et Tel-Aviv). La maison d'enchères parisienne, installée dans l'ancien hôtel de Marcel Dassault au rond-point des Champs-Elysées, vient d'accomplir un gros pas en direction de l'immobilier. Le groupe, désormais «acteur international du marché de l’art», annonce l'acquisition de John Taylor. «My taylor is rich», comme disaient jadis les manuels d'anglais. Il s'agit d'une firme spécialisée dans le très haut de gamme. Le tout avec une large présence dans le monde. Taylor dispose «d'une implantation de premier ordre avec un réseau d'agences en propre et franchisés présentes dans plus de 29 destinations incontournables de 14 pays.» Vous avez ici reconnu le langage tartignole supposé éblouir les foules. 

Il s'agit bel et bien d'une absorption. La famille Pastor, qui avait beaucoup investi depuis deux décennies dans John Taylor, passe la main. Nicolas Orlowski, président-directeur d'Artcurial, va prendre le siège jusqu'ici occupé par Delphine Pastor, une dame en place depuis près de dix ans. La société n'a rien de récent. Taylor fut fondé en 1864 à Cannes, où s'élevaient alors les premières villas de luxe de la Côte. Mieux avoir le portefeuille bien rembourré pour s'adresser à cette firme! Comme l'annonce sans vergogne cette dernière, elle ne s'intéresse qu'aux clients ayant un patrimoine supérieur à trente millions. De dollars, je précise. En 2016, le prix moyen d'une transaction y était de 5,5 millions. D'euros, cette fois.

Cent vingt ventes par an 

Artcurial ne fera donc pas que réaliser environ 120 ventes par an. Généralement de bon niveau, je dois dire. On n'est pas ici dans le souk de Drouot, le vénérable hôtel ne se portant par ailleurs pas très bien en ce moment. Il y a rond-point des Champs-Elysées ce qui rapporte gros et ce qui amène du prestige. La vacation Camille Claudel vient ainsi de se voir marquée par douze préemptions de l'Etat, ce qui doit constituer un record. Outre les œuvres d'art, il y a chez Artcurial les voitures, qui obtiennent normalement les meilleurs résultats de l'année, et les bijoux. Plus des sacs Hermès "vintage". Notons que la maison fondée en 2002 donne aussi dans le canasson (de luxe). Elle est associée avec l'Aga Khan aux ventes de chevaux Arqana, qui a connu un chiffre d'affaire de 140 millions d'euros en 2016. 

L'immobilier lui permet de monter aujourd'hui une marche supplémentaire. Ce fut longtemps, dans le milieu des enchères, la chasse réservée de Christie's et de Sotheby's. «Real Estate». Cette diversification permet de fidéliser une clientèle richissime. La seule qui compte à l'heure actuelle. Le déséquilibre des fortunes et des revenus, qui va s'accentuant partout dans le monde, a créé d'énormes disponibilités financières. Il se trouve en général toujours un client pour ce qui coûte très, très cher. On le voit pour les villas et les appartements comme pour les gros diamants. Notons à ce propos que le château, très prisé il y a encore une soixantaine d'années, fait rarement partie de ces biens recherchés. Si vous voulez mon avis (et vous l'aurez de toute façon) un gros manoir en Dordogne ou dans la Creuse doit aujourd'hui se négocier une bouchée de pain. Avec les «petits travaux à prévoir» d'usage. S'il ne manque pas un morceau du toit, c'est qu'une tour est lézardé de haut en bas.

Auto-financement 

Je terminerai par un dernier mot. Artcurial n'a ni emprunté, ni augmenté son capital pour avaler John Taylor, firme avec laquelle il avait un accord de partenariat depuis 2013. «Cette acquisition a été financée en intégralité sur ses fonds propres.» Un fort taux de rentabilité en est attendu «dans les années à venir». Mais à qui appartient au fait l'avenir?

(1) Tout est parti d'une galerie-librairie fondée dans les années 1970 par François Dalle. Nicolas Orlowski en a fait une multinationale avec l'appui de la famille Dassault.

Photo (AFP): Les enchères de la toute récente vente Camille Claudel au rond-point des Champs-Elysées.

Texte intercalaire.

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