Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Manus manum lavat.*

Dire que j’ai suivi avec intérêt la conférence de presse du Président de la République sur la chaîne parlementaire serait un peu exagéré. En bonne multitâche, j’avais bien une oreille rivée sur ses interventions tout en potassant un dossier et en veillant à ce que ma progéniture ne mette pas le feu à la maison, mais je dois avouer que, comme tout le monde, j’attendais le coming-out de l’infidèle pris la main dans le casque. Pardon, dans le sac.

Il avait raison, François II : il serait bien un président normal. De ce côté-là, il tient ses promesses. Entre les fraudes fiscales de son Ministre du Budget, ses réformes en demi-teintes, ses velléités militaires et, désormais, ses frasques extra-extra-conjuguales, il accède au grand Club des Présidents aussi peu aptes à maîtriser les budgets que leur libido. Une tradition française à laquelle il eut été dommage de se dérober. François 1er avait sa Mazarine, élevée aux frais du contribuable et demeurée secrète - puisque Mark Z. n’avait que 11 ans lorsque « La Force tranquille » quitta bien tranquillement les scènes publique et politique - François II aura sa Julie, élevée au rang d’actrice par la polémique et plus publique qu’elle n’aurait pu y parvenir toute seule – puisque Mark Z. a atteint sa maturité, en même temps que les internautes concourant au prix du « Tweet le plus humoristique, ou caustique, ou intelligent ».

Pauvre François, en d’autres temps, il se serait contenté de faire passer la consigne de la confidentialité de sa relation, et les journalistes l’auraient respectée. Même DSK avait pu profiter, jusqu’à la soubrette de trop, du soutien et du silence des grands gourous des médias. Eh oui, il fut un temps où « off » voulait encore dire quelque chose. « Journaliste » aussi, d’ailleurs. Comment qualifier le parterre présent à la conférence d’hier (#ConfPR pour les intimes) ? Le grand Charles aurait pu écrire : « Ils sont venus, ils sont tous là, dès qu’ils ont entendu ce cri, il va mourir le Françouah-ah-ah-ah… », et il aurait eu raison.  Qui étaient-ils, alors ? Car dans la besace des caractéristiques du journalisme, ils avaient l’air d’en avoir oublié l’un des accessoires fondamentaux : la déontologie.

Si la vie sexuelle de M. H. peut encore avoir l’air d’une information, peut-on la qualifier d’intérêt général ? Le fait qu’il se rende (ou pas), chez Madame G. (ou ailleurs), va-t-il influer de quelque manière sur sa politique ou sa façon de gouverner ? Si les Français avaient accordé une importance quelconque à la vie privée de leur Président, auraient-ils élu un homme qui avait trompé sa première femme avec la journaliste censée couvrir le Parti socialiste pour un hebdomadaire ? Ceci dit, on peut toujours considérer qu’il a choisi une femme dont la conscience professionnelle l'a poussée jusqu’à dormir avec son principal sujet. La semaine des 35 heures, ce n’était pas pour Valérie, assurément.

Bref, comme d’habitude, je m’éloigne du sujet. A l’heure où la France vit des heures économiquement sombres, où elle s’enlise dans le colmatage de brèches que continuent d’ouvrir les gouvernements successifs aidés des syndicats et de l’esprit contestataire d’un peuple plus enclin à la révolution qu’à l’évolution, on « enquiquine » le Président sur son adhésion ou non à la philosophie du polyamour… Eh bien je vais vous dire : cette affaire a finalement servi « Flamby », lui donnant, « dans la tourmente médiatique », une dignité que son bilan seul n’aurait pu lui conférer. Non, il n’a pas démérité, même si les extraits de la pendaison, pardon, de la conférence de presse ne le reflètent peut-être pas. François II connaissait ses dossiers, assumait ses réponses et attrapait au vol les questions qui lui étaient posées, le tout sans oreillettes. Coincé entre le parterre, les écrans et les tweets, il n’a jamais baissé les yeux, alors même que la majorité d’entre nous s’écroule à la simple vue d’un seul Juge dans un unique Tribunal.

Alors certes, François ne fait pas le boulot qu’on attend de lui, mais comme les médias ne le font plus non plus… Quant à nous, le public, nous sommes fidèles à nous-mêmes : nous ovationnons le Roi en priant pour qu’il soit meilleur que nous, et comme ce n’est pas le cas, nous fustigeons l’homme qui porte la couronne... et ce qui restait de nos espoirs.

 

*Une main lave l'autre

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