Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

MAMCO/Lionel Bovier, l'art contemporain et le temps selon Fernand Braudel

Crédits: Annik Wetter/Mamco

Attention! L'interview que vous allez lire est un faux. Je n'ai pas posé la moindre question à Lionel Bovier, qui commentait le mardi 31 mai, ses premières expositions au Mamco. Le nouveau directeur se livrait à un monologue, bien plus court que ceux de son prédécesseur Christian Bernard. La preuve! Il a pu partager son créneau horaire avec Joerg Bader, du Centre de la photographie, qui venait présenter ses «50 JPG», dont le lancement est simultané. Peut-être n'aurait-il pas dû. Si sa demie heure m'a parue normale, celle de son collègue m'a semblé interminable. Le temps reste une chose très relative. Les propos de Lionel se retrouvent donc ici, entrelardés de relances fictives. Le but est d'en faciliter la lecture. 

«GVA-JFK» est sous titré «Récit d'un temps court».
Ce sous titre constitue un titre général pour l'ensemble du ré-accrochage. Je l'ai emprunté à l'historien Fernand Braudel (1902-1985), qui évoque souvent dans ses livres la notion de durée, longue ou courte, le court se révélant avant tout événementiel. Le Mamco se situe dans le contemporain, qui débute en art dans les années 1960. Quelle en est aujourd'hui la durée ? Nous sommes à mon avis déjà dans celle qui permet un regard distant. L'art contemporain autorise donc aujourd'hui un récit de type narratif. Il est possible d'expliquer. D'informer. De présenter. Je raconte ici cinq décennies. 

Vous le faites en partant de la collection du Mamco.
J'ai tenté de construire l'exposition en partant de notre fonds. C'est très important. Le fonds, c'est notre identité. Le parcours est ici chronologique, avec quelques petits écarts. Certains sont dus à la nature du musée. Une pièce comme la grotte de Sylvie Fleury peut difficilement se voir déplacée. Cela dit, je n'ai rien contre ces effets de surprise. 

Un fort accent se voit mis au quatrième étage sur l'abstraction «néo-géo».
L'étage est conçu sous forme de dialogue. Il y a d'un côté la Suisse romande. GVA. De l'autre l'Amérique. JFK. Les échanges deviennent transatlantiques dans les années 1980, qui sont celles de ma jeunesse. On peut mettre l'un à côté de l'autre John Armleder et Peter Halley. Nous sommes avec eux dans une abstraction dure, qui a alors sa place aux côtés d'une figuration de type expressionniste. Celle-ci va dominer dans les années 1990. 

Quelle est pour vous l'importance d'une création locale?
Essentielle! La vision du Mamco est à double focale. Elle doit regarder au loin, avec l'international. Mais il lui faut aussi prendre en considération ce qui se fait ci, au même moment. N'oublions pas qu'il s'installe vers 1980 un dialogue durable entre ici et le reste du monde. 

Les autres étages...
Le troisième s'est un peu stabilisé. Il contient surtout «l'appartement», dont nous sommes en train d'acquérir le contenu minimaliste, créé par le collectionneur Ghislain Mottet-Viéville. J'ai ajouté là des pièces situant mieux le contexte historique de ces chambres. Il fallait, à mon avis, les contextualiser. Au 2e, le container de Gordon Matta Clark se voit de la même manière explicité par le film montrant son utilisation par l'artiste. Il fallait aussi faire apparaître de nouveaux noms. C'est le cas avec General Ideas, qui reviendra en octobre, ou Charlotte Poseneske. Au premier, il y a des gens des années 1990. Ils illustrent aussi mon intérêt pour les synergies entre les utilisateurs du bâtiment, comme le FMAC. Une des exposantes actuelles est Esther Shalev-Gerz, qui occupe ici toute une salle. Esther vient de créer une pièce monumentale, en forme de double horloge, apposée rue Lissignol. Il s'agit là d'une commande du Fonds municipal d'art contemporain.

Photo (Annik Wetter): La salle consacrée à Esther Shalev-Gerz, avec la double horloge. Il y a aussi queqlues murs gris.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui consacré aux nouvelles expositions du Mamco.

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