Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Maintien de l’atome, illusion de l’indépendance

La Suisse romande s’est réveillée lundi avec la gueule de bois suite au refus de sortie anticipée du nucléaire. Outre-Sarine, la machine à faire peur a fonctionné à plein régime: menace de coupures de courant en plein hiver, indemnisation de plusieurs milliards exigées par des exploitants nucléaires pourtant chroniquement déficitaires… Si on y ajoute conservatisme et tendance suiviste, on obtient une décision à contre-courant de l’Histoire mondiale de l’énergie, qui a déjà condamné l’atome.

L’occasion d’embrasser la modernité est donc manquée, au nom d’une indépendance énergétique largement illusoire. Près de 80% de la consommation d’énergie du pays provient encore du fossile, gaz et pétrole en tête, quasi-exclusivement importé. Si les améliorations de l’isolation et du chauffage de l’habitat, ainsi que les progrès récents du véhicule électrique permettent d’envisager le passage de l’électricité de 20 à 40% du mix énergétique dans les 20 prochaines années, ce n’est certainement pas un parc nucléaire moribond et sous perfusion qui permettra d’y répondre. Sur cinq réacteurs, deux sont déjà à l’arrêt, Leibstadt, et Besnau I, le plus vieux réacteur du monde, théoriquement en activité. Besnau, où plusieurs centaines de millions ont été investis récemment pour changer des couvercles de cuves, et constater juste après… d’autres défectuosité majeures empêchant l’exploitation. Des investissements colossaux, probablement en pure perte, pour produire une électricité de moins en moins compétitive et dont le coût ne va faire que s’accroitre. Le démantèlement des réacteurs, inévitable et dont le montant a été largement sous-estimé -l’exemple français l’a montré- est reporté, à grand coups de milliard d’entretien. Autant dire, reculer pour mieux sauter.

La gabegie financière prêterait à rire, si plus de 30 000 demandes de subventions pour des projets d’énergies vertes n’étaient pas actuellement bloqués à la Confédération, faute de financement. L’arbre mort du nucléaire fait de l’ombre aux jeunes pousses, qui ont plus que jamais besoin de s’exprimer dans une compétition mondiale acharnée pour l’énergie du futur. L’archi-domination de la Chine, 70% du photovoltaïque et 40% des investissements dans les énergies vertes, aura du mal à être enrayée si l’Europe et la Suisse ne réagissent pas rapidement. Tous les espoirs se tournent désormais vers la Stratégie 2050 du Conseil Fédéral, qui passera l’an prochain devant le peuple. Mais compte-tenu du retard accumulé, peut-on encore se permettre cette transition en douceur?

 

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