Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Mafia: la Suisse, une oasis pour les criminels

«Nous ne pouvons plus partir à l’aventure»: Michael Lauber n’a pas caché son dépit dans une interview publiée dans la «NZZ am Sonntag». Le procureur général de la Confédération affirme que le Ministère public n’ouvrira plus aucune procédure à l’encontre de personnes qui pourraient faire partie d’une organisation criminelle. Car les exigences pour condamner un mafieux sont beaucoup trop élevées. «La simple appartenance à une organisation criminelle ne suffit pas pour une condamnation. La doctrine dominante est unanime sur ce point», constate Michael Lauber.

La justice doit en effet prouver qu’un mafieux a participé concrètement à des activités répréhensibles. Par exemple comme fiduciaire, avocat, etc. Dans le cas inverse, les bases légales sont insuffisantes pour parvenir à une condamnation devant un tribunal. Autrement dit, la Suisse est une oasis pour les membres des organisations criminelles. Michael Lauber demande donc au Parlement fédéral de modifier la législation afin que ses services puissent lutter efficacement contre ce fléau.

Ce n’est pas la première fois que le procureur général de la Confédération se prononce sur cette question. L’an dernier, il avait déjà revendiqué une telle action pour durcir la loi contre le crime organisé. Cette question est même devenue récurrente depuis quelles années. Malgré les pressions, le gouvernement a toutefois toujours refusé d’entrer en matière. Quant aux députés, ils devront prochainement se prononcer sur une initiative parlementaire déposée par la Commission de gestion du Conseil des Etats.

La Suisse a tort de prendre la lutte contre les mafias avec une telle légèreté. En août 2014, elle découvrait avec stupéfaction que Frauenfeld, le chef-lieu du canton de Thurgovie, abritait depuis quarante ans une cellule de la Ndrangheta calabraise.

Et l’Office fédéral de la police (fedpol) rappelle régulièrement que les mafias cherchent à s’infiltrer toujours davantage au sein de l’économie helvétique: «Les enquêtes menées en collaboration avec les autorités italiennes confirment que le crime organisé a des ramifications en Suisse. Les implantations mafieuses en Italie du Nord et en Suisse présentent des ressemblances troublantes. La Ligurie, le Piémont et la Lombardie comptent depuis des décennies parmi les terrains d'opération de prédilection des organisations mafieuses italiennes. Les clans mafieux installés à proximité immédiate de la frontière étendent leur influence en Suisse et sont par conséquent restés une réelle menace. Certains éléments indiquent que des structures de la Ndrangheta relativement indépendantes sur le plan opérationnel se sont établies en Suisse», affirme felpol dans son dernier rapport d’activités. Et d’ajouter: «Les violences publiques sont jusqu'ici restées plutôt rares en Suisse. On ne saurait toutefois les exclure à l'avenir, vu les tensions au sein de la Ndrangheta.»

Le constat est clair. Encore faut-il passer à l’action pour tenter de juguler les dangers.

 

 

 

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