Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LYON/Le Musée des Tissus fermera-t-il ses portes le 1er janvier? Nul ne le sait

Crédits: Youtube

Le Musée des Tissus de Lyon se trouve au 34, rue de la Charité. Il y a, comme cela, des mots qui font mal. Charité.. L'institution, on le sait, risque de fermer ses portes en 2017 faute d'un véritable plan de sauvetage. Ce n'est pas qu'elle se porte mal, loin de là! Ses 80 000 visiteurs annuels pourraient faire pâlir de jalousie bien des musées de province français. Seulement voilà! D'une part la situation légale est complexe et de l'autre, dans le fond, tout le monde (du moins le mode officiel) s'en fout. Lyon préfère le «bling bling» des Confluences, et ce d'autant plus que l'architecture futuriste des lieux a coûté cinq fois le budget prévu au départ... 

Qu'est-ce que le musée, et son frère jumeau voué aux arts décoratifs, offrent donc de si complexe? Ils ne sont pas propriété de l'Etat, ce qui n'a rien d'extraordinaire en France. Celui-ci ne chapeaute qu'une vingtaine de sites, parfois transformés ces dernières années en «établissements publics». Mais il ne s'agit pas non plus de lieux municipaux. Ils relèvent de la Chambre de Commerce locale. Or celle-ci s'est vue ponctionnée, comme bien d'autres, par le fisc. Celui-ci cherche de l'argent partout où il y en a dans le pays, c'est à dire bientôt plus nulle part. La Chambre ne possède donc pas aujourd'hui des moyens suffisants afin de faire fonctionner les joyaux de sa couronne, installés dans deux hôtels particuliers du XVIIIe siècle. Le Musée des Tissus a beau s'autofinancer à 45 pour-cent. Il lui faut environ un million et demi d'euros supplémentaires afin de «tourner». Le prix d'un mois de vie du Musée des Confluences...

Une solution très vague

A la fin 2015, quand je vous avais évoqué cette affaire, Lyon restait dans le grand bleu, comme dirait Luc Besson. Il y a alors eu une pétition en ligne: 50 000 signatures en deux semaines. Les parties se sont rencontrées en marsdébut 2016. Sans enthousiasme. Comme l'insinue avec raison une journaliste spécialisée, «les tissus, cela reste mineur en France, les arts décoratifs traînent une image de vieux machin et la culture favorise désormais l'événementiel sur le pérenne.» Autant dire que le Musée des Tissus pourrait se voir sacrifier, à condition que quelqu'un accepte d'en porter publiquement la responsabilité. Plus identitaire pour Lyon, la capitale de la soie depuis le XVIIe siècle, ce n'est en effet pas possible. 

Le 5 juillet, une solution semblait poindre. C'était la création d'une association qui «ferait vivre» l'endroit. Elle entrerait en fonction le 1er janvier 2017. Mais le Ministère de la culture et la Ville de Lyon ont tout de suite agité l'épouvantail. Il fallait des rénovations coûteuses dans les bâtiments qui, restaurés il y a une vingtaine d'années, me semblent pourtant se porter très bien. Il s'agirait également de les mettre aux normes, autant dire dépenser beaucoup (pour pas grand chose). Enfin la somptueuse et belle muséographie, repensée dans les années 1980 et 1990, se voyait d'autorité déclarée obsolète. Sans doute faut-il changer en quelque chose de ludique, d'interactif et de virtuel cette collection unique au monde de 2,5 millions de textiles. Bien davantage encore que le Victoria & Albert de Londres. On sait qu'il s'agit aujourd'hui de la tendance en France. Les amis de Carnavalet, à Paris, s'inquiètent beaucoup de la rénovation aujourd'hui entreprise. Que restera-t-il des salles après?

Pourrissement lent 

Depuis l'été, pas de nouvelle, alors que 2017 arrive à nos portes. Interrogés le 21 décembre, les employés de la caisse assurent ne rien savoir. Janvier devrait être normal... On a donc laissé pourrir la situation, volontairement ou par lâcheté. Les expositions temporaires se terminent officiellement le dernier jour de 2016. Elles occupent la totalité du Musée des Tissus, celui des Arts décoratifs (soyons justes plus mineurs en dépit de l'admirable collection Gillet de majoliques (1) du XVIe siècle) se contentant d'un parcours fixe. Que se passera-t-il ensuite? Mystère. Nommé en 2011, le directeur Maximilien Durand, 40 ans, trouvera-t-il encore quelqu'un contre qui se battre, ou sera-ce la démission générale? Une question presque absurde quand on pense que le fonds du musée ne cesse de s'enrichir par dons. Beaucoup sont arrivés en 2015-2016. On peut vraiment parler de sabotage. 

(1) Une majolique est une céramique peinte de motifs figuratifs dans des villes italiennes comme Urbino, Deruta, Casteldurante ou Montelupo.

Photo (Youtube): Maximilien Durand, qui tente de faire survivre le musée lui ayant été confié en 2011.

Ce texte est immédiatement suivi d'un autre sur les expositions actuelles du musée.

Prochaine chronique le samedi 24 décembre. La Fondation Martin-Bodmer rend hommage au galeriste et éditeur genevois Edwin Engelberts.

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