Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LYON/"Le génie de la Fabrique" ne s'est pas perdu pour les soyeux

Crédits: Sfate & Combier, Lyon

C'est en fait une double exposition. On peut considérer que le directeur du Musée des Tissus Maximilien Durand la considère comme un manifeste. De grands choix ont donc été opérés dans l'immense fonds. Cette fois, pas de tapis d'Orient ancien, dont Lyon possède une collection admirable. Des tapisseries par contre, dont l'une s'est vue acquise en 2013 et l'autre en 2015, ce qui ne semble pas si vieux. L'immense hall abrite enfin des costumes des années 1760 à 1815, même si le vêtement ne forme pas la priorité de la maison. 

Le rez-de-chaussée évoque l'histoire de la Fabrique. A Genève, on désigne par ce mot l'horlogerie, la bijouterie et l'émaillerie. A Lyon, il s'agit des textiles. Ironie du sort, alors que le musée semble condamné, cette histoire débute il y a juste 550 ans, avec un édit du roi Louis XI en 1466. La première soie lyonnaise ne déboucha cependant pas sur un succès. Pour qu'elle acquiert son originalité et triomphe dans les Cours, il faudra attendre la fin du XVIIe siècle.

Une suite de crises

Les textes des cartels sont longs. Détaillés. Le public y découvre qu'ici les crises sont endémiques. Les années 1770 ont vu la cité frôler la ruine. Idem après la Révolution. La mécanisation déclencha des révoltes de canuts (ouvriers du textile) dans les années 1830. Il y eut cependant des âges d'or sous les deux Empires, avant que la soie de Lyon, infiniment coûteuse et complexe, ne triomphe dans les expositions universelles. Maximilien Durand a eu a cœur de présenter les derniers arrivés dans les collections. Je citerai l'étonnante robe de chambre aux oiseaux, dite de Vaucanson (vers 1740). 

Changement total de regard au premier étage. D'un coup, le visiteur se trouve plongé aujourd'hui. L'histoire n'est pas terminée. Que font depuis 2000 des entreprises comme Prelle (qui maintient encore quelques métiers manuels) ou Tessinari & Chatel? Que se passe-t-il dans des maisons moins traditionnelles du genre Velours de Lyon, Roger Cheval ou Sfate & Combier? C'est la révélation, avec des lés à l'imagination folle. Le grand laboratoire d'idées, comme on en trouverait un autre à Saint-Gall. La preuve est du coup faite. La soie n'a rien d'une vieille lune, pour ne pas dire d'un vieux torchon. D'ailleurs, les plus belles répliques de modèles anciens à ramages et à fleurs, je peine à le croire, se voient aujourd'hui commandées par des privés. Mais qui donc a la patience d'attendre et l'argent pour payer?

Pratique 

«Musée des Tissus», 34, rue de la Charité, Lyon, expositions «Le génie de la Fabrique» jusqu'au 31 décembre 2016. Tél. 00334 78 38 42 00, site www.mtmad.fr Le billet est jumelé avec celui des arts décoratifs. Un corridor intérieur mène de l'un à l'autre. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h30.

Ce texte intercalaire complète celui sur la fermeture possible du Musée des Tissus. Il se trouve un case plus haut dans le déroulé. 

Photo (Sfate & Combier): La maison Sfate & Combier renouvelle les gammes de couleurs.

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