Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Visite à la Royal Academy, nouvelle version. C'est grand!

Crédits: Royal Academy, Londres 2018

Cette fois, j'arrive comme la grêle après la vendange. L'événement lui-même est terminé depuis longtemps. C'est le 20 mars que la Royal Academy a fêté sa réouverture, ou plutôt l'inauguration de son extension. Elizabeth II portait ce jour-là un petit ensemble orange pour le moins «flashy». Je vous en avais parlé à l'époque. Peu auparavant, je vous avais fait le compte-rendu de l'exposition sur Charles Ier collectionneur. Un énorme succès commercial. L'institution londonienne n'a en effet jamais fermé, même si elle se refaisait une beauté pour ses 250 ans. 

Aujourd'hui, les lampions sont provisoirement éteints. Les visiteurs se retrouvent entre deux fournées d'expositions. La «Summer Exhibition» a clos ses portes le 19 août, tout comme «The Great Spectacle». Une accrochage racontant l'histoire de ce qui demeure un Salon. Le même qu'en 1768. Ici, rien n'a changé depuis le XVIIIe siècle, même si l'académie a quitté sous le règne de Victoria Somerset House pour Burlington House. Cette maison des années 1700 a alors été transformée et agrandie pour faire plus riche. Un plaquage en fait. Derrière la façade principale se trouve celle d'origine. L'espace entre les deux a permis, dans les années 1980, d'intercaler les Sackler Galleries, offertes par les époux Sackler. Un espace contemporain, dû à Sir Norman Foster. C'était à l'époque un ballon d'air pour une institution souffrant d'asphyxie.

Présentation permanente 

Tout cela est aujourd'hui terminé. Une autre «archistar» britannique, David Chipperfield a intégré un autre bâtiment, énorme, racheté par la RA en 1991. L'occasion pour moi de rappeler qu'il s'agit là d'une entité privée, ne touchant aucun subside de l'Etat. Elle doit donc sans cesse trouver de l'argent. Là, il en fallait beaucoup. L'opération coûtait 56 millions de livres. Les travaux tels qu'on peut les voir aujourd'hui se révèlent en effet importants, même s'il n'y a aucun changement fondamental. La principale différence est un accès transversal depuis la Royal Academy jusque du côté de Burlington Gardens. C'est là que se dresse la nouvelle aile. En fait une ancienne construction peu employée jusqu'ici. Heureusement que l'académie dispose d'Amis, créés en 1977! Trente ans plus tard (c'est le chiffre dont je dispose), ils étaient déjà 90 000. De quoi permettre de gros projets et éventuellement éponger des dettes. En 1962, la RA avait dû vendre le carton pour la «Sainte Anne» de Léonard de Vinci à la National Gallery... 

Ce que les visiteurs peuvent voir en ce moment forme donc une présentation permanente. Elle a été montée à partir des collections propre de l'académie par Christopher Le Brun. Ce monsieur a fait une carrière faisant penser à celles de l'Ancien Régime en France, au temps de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Elu académicien en 1996, Christopher est devenu professeur de dessin en 2000. L'académie est aussi une école, fréquentée par soixante étudiants durant trois ans. L'homme est devenu directeur en 2011. Il chapeaute un monde ayant su ne pas se scléroser. Comme toujours en Angleterre, le nouveau ne chasse pas l'ancien. Nous ne sommes plus (du moins depuis le XVIIe siècle) au pays des révolutions. Tracy Enim ou Anish Kapoor sont ainsi académiciens, tout comme Anselm Kiefer, puisqu'il existe des membres étrangers.

Comment devenir artiste 

Christopher explique donc dans un parcours traversant le sous-sol pour monter jusqu'au premier étage de Burlington Gardens comment on enseignait jadis. Il y a la façon d'apprendre à dessiner, avec des dessins d'après les plâtres des principales sculptures antiques. L'occasion d'en ressortir quelques uns des caves, comme un magnifique «Hercule Farnèse» venu d'Italie en 1790. Puis le visiteur peut passer à la copie d'après les maîtres. Autour du «tondo» en marbre de Michel-Ange, joyau des collections, se trouve une «Cène» grandeur nature dérivée de Vinci. Un témoignage important puisque la toile date des années 1515-1520, autrement dit du moment où la fresque demeurait encore fraîche. En face se trouve la copie de trois cartons de tapisserie de Raphaël, exécutée à l'aube du XVIIIe siècle par Sir James Thornhill. Un mur propose de nombreux dessins anciens inspirés par le «Jugement dernier» de Michel-Ange.

Reste la création. Christopher Le Brun a ressorti des caves le colossal «Satan» de Sir Thomas Lawrence, connu par la seule photo. Il y a aussi un superbe paysage de Gainsborough comme les autoportraits des plus illustres membres de l'académie, dont Sir Joshua Reynolds. Un vaste corridor permet enfin de présenter des moulages architecturaux. C'est par eux que les débutants apprenaient. Il s'agissait moins d'apparaître original que de se situer dans une lignée.

Riche programme à venir

Voilà. On n'imagine pas l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts parisienne se livrant au même exercice, même si Bustamante avait évoqué l'idée d'un musée durant ses années de direction. Et puis, l'ENSBA reste avant tout l'Etat, avec ce que cela suppose de lourdeurs. La visite londonienne restant cett fois courte, je signale que la RA dispose maintenant de trois lieux au moins pour boire et se nourrir. Il ne me reste plus, pour terminer, qu'à annoncer la suite des opérations. L'architecte Renzo Piano est depuis le 15 septembre l'hôte de la RA, et il le restera jusqu'au au 20 janvier 2019. L'Océanie se retrouvera en vedette du 29 septembre au 10 décembre. Le programme 2019 proposera lui aussi bien Félix Vallotton que Lucian Freud, le «Nu Renaissance» ou Bill Viola. A la RA, il faut savoir varier les plaisirs.

Pratique 

Royal Academy, Burlington House, Piccadilly, ou 6, Burlington Gardens, Londres. Tél. 0044 20 73 00 80 90, site www.royalacademy.org.uk Ouvert de 10h à 18h L'entrée à l'exposition permanente dont il est ici question reste gratuite.

Photo (Royal Academy, Londres 2018): La grande salle avec, au fond, le "tondo" de Michel-Ange.

Prochaine chronique le mercredi 19 septembre. Un énorme livre a paru sur Claude Autant-Lara, important cinéaste des années 40 et 50. Je vous le résume.

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