Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Une Royal Academy rénovée et un musée à Westminster

Crédits: Royal Academy, Londres 2018

La Royal Academy londonienne fête en ce moment ses 250 ans. C'est un exceptionnel exemple de longévité, même si l'Académie française de peinture et sculpture, dissoute sous la Révolution, datait de 1648 et si l'Accademia del disegno florentine, fondée par les Médicis, remontait à 1563. Il faut dire que les arts plastiques ne connaissent en Angleterre un essor foudroyant qu'au XVIIIe siècle. 

L'Academy, créée sous George III, a gardé son indépendance. On la connaît aujourd'hui comme un lieu d'expositions, du genre Grand Palais parisien. Il s'agit aussi d'une organisation privée élisant des membres, avec un choix très audacieux. Tracy Enim, la scandaleuse, en fait ainsi partie comme Anish Kapoor. La création ne se conçoit jamais vraiment en rupture outre-Manche. Pas de révolution même en politique, du moins depuis 1688! Il existe donc une Tracy Enim RA (1) et un Anish Kapoor RA. Je précise encore que la RA est propriétaire d'une fantastique collection d’œuvres d'art, avec en tête le célèbre «Tondo Taddei» sculpté par Michel-Ange.

Restructuration complète 

Pour ses deux siècles et demi d'existence, la RA s'est restructurée physiquement. Le 15 mai dernier, Elizabeth II, habillée cette fois non pas d'un vert strident, comme pour le mariage de son petit-fils, mais en orange pétard, a donc inauguré les bâtiment restructurés par David Chipperfield pour 56 millions de livres. L'architecte britannique devait redonner forme à un ensemble de constructions constamment modifié depuis que la RA s'est installée en 1857 dans l'ancien Burlington House. Une maison dont les façades subsistent sous celles du temps de Victoria. L'écart entre les deux murs a notamment servi à installer sous les toits la Sackler Gallery de Norman Foster dans les années 1990. 

Tout est désormais lié, de Piccadilly jusqu'au fond du pâté ouvrant sur Bond Street. L'Academy, aujourd'hui dirigée par Christopher Le Brun, y a gagné un espace considérable. Huit mille mètres carrés, soit 70 pour-cent de plus que son ancienne surface. La chose multiplie ses possibilités d'accueillir des manifestations. La vie des académiciens s'en voit simplifiée Les enseignements (car la RA garde aussi une vocation éducative) sont au large. La RA, qui conserve une partie des magnifiques salons du XVIIIe de Burlington House conçus par William Kent, se révèle aussi plus apte à présenter son propre fonds de tableaux. Beaucoup émanent des ses directeurs successifs, le premier étant Sir Joshua Reynolds en 1768.

Fonds privés

Pourquoi est-ce que je vous raconte cela aujourd'hui, alors que je ne verrai la chose qu'en octobre? Pour une excellente raison, qui apparaît elle d'actualité. Le 11 juin s'ouvriront, toujours à Londres, les Queen's Diamond Jubilee Galleries. Le lieu peut sembler insolite. Un espace tout en haut de l'Abbaye de Westminster. Il s'agit donc, comme il y a en a beaucoup en Italie, d'un musée de l’œuvre de la cathédrale. Créé sur un projet de Ptolemy Dean, il remplacera celui, vétuste, de la crypte. Le lieu contiendra 300 objets, soit quatre fois plus qu'auparavant. Certains d'entre eux remontent au Moyen Age, comme le retable de 1269 qui a échappé à l'iconoclasme. 

D'où vient le Queen's Jubilee? Les fonds ont été levés en 2012, année où Elizabeth II fêtait ses soixante ans de règne. Il était clair que le 23 millions de livres devaient sortir de poches privées, même s'il s'agit souvent de fondations. Le «Giornale dell'arte» de juin, à qui je pique l'information, aurait pu préciser que la reine chapeaute par ailleurs l'Eglise anglicane. Et quand je dis «chapeaute», je ne pense pas qu'à ses innombrables couvre-chefs! 

(1) En 1768, il y avait deux académiciennes. Hasard? Angelica Kaufmann et Mary Moser étaient toutes deux Suissesses. Il n'y a plus eu ensuite de femmes élues pendant plus d'un siècle...

Photo (Royal Academy, Londres, 2018): La reine face à l'autoportrait de Joshua Reynolds, le premier directeur de l'institution.

Texte intercalaire.

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