Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/"Undressed" raconte l'histoire des sous-vêtements au V & A

Crédits: Victoria & Albert Museum, Londres

Ce sont les dessous de l'affaire. Le dessous des cartes. Bref, tout ce qui met sans dessus dessous. Le Victoria & Albert Museum de Londres, qui vit aujourd'hui de la mode, propose «Undressed», une grande rétrospective illustrant l'histoire des sous-vêtements depuis le XVIIIe siècle. Avant, mystère. Lorsqu'il s'était livré au même exercice avec «La mécanique des dessous», en 2013, le Musée des arts décoratifs de Paris avait pourtant retrouvé des corsets de métal, aux allures d'instruments de torture, remontant à la Renaissance. 

«Undressed» fait partie des présentations, conçues pour durer un an, que le V & A propose au centre de son département costumes dans une sorte de cylindre à deux étages. Il y a ainsi eu là les robes de mariée, les tenues de «clubbeurs» des années 1970 ou les souliers. Trois réussites. Les robes de bal anglaises étaient aussi très bien. J'avoue en revanche m'être ennuyé en compagnie de la garde-robe de Grace Kelly. Difficile d'être plus conformiste, convenable et convenue que cette princesse d'un Etat d'opérette!

Au féminin surtout

Avec les sous-vêtements, le musée semblait avoir la partie facile. Et pourtant... Comment présenter de manière attrayante autant de soutien-gorge et de gaines, de jupons et de crinolines (1)? Vous aurez remarqué que je mets tout au féminin. Côté parité, le V & A reste en effet loin du compte. Je veux bien que les Ecossais soient supposés ne rien mettre sous leur kilt, mais tout de même. On aurait pu s'attendre à davantage de combinaisons sortie d'un western, de slips plus au moins kangourou ou de sous-ventrières. N'oublions pas que les officiers du temps jadis étaient aussi corsetés que les dames. Pensez à Erich von Stroheim au cinéma! 

Comme souvent, le rez-de-chaussée, très historique, demeure l'étage le plus sérieux. Il y a bien là une petite culotte qui aurait appartenu à la mère de la reine Victoria ou un étonnant corset rouge vif, prévu pour une taille étranglée à 48 centimètres. Un œil exercé repère aussi avec délices la parure de Lady Betty Holman, brodée de chasses à courre, que la dame portait sous des robes plus convenables dans les soirées diplomatiques de Bagdad, où elle se trouvait entre 1940 et 1942. Rien n'est en effet trop cher ou trop luxueux pour le linge intime. Les économistes vous le diront du reste. C'est l'une des rares branches à résister à tout recul en temps de crise (2). J'ai aussi bien aimé la création, au début des années 1950, de la ligne «Merry Widow», autrement dit «veuve joyeuse». Autrement, le musée se confine ici dans l'informatif. Autant dire qu'il n'apprend rien de bien amusant.

Le corset de Dita von Teese

Une fois grimpé l'escalier, les visiteurs (il y en a autant que de visiteuses) arrivent à l'actualité. C'est là que les choses se pimentent. On n'allait pas leur montrer le tout-venant des années 2010. Il fallait laisser place à Jean-Paul Gaultier, à Dolce & Gabbana et surtout à Agent provocateur. Vous savez bien! La firme fondée en 1994 par Joseph Corré et son épouse Serena Rees. Si vous ne les connaissez pas, je rappellerai juste que Joseph est le fils de Dame Vivienne Westwood, l'ex-couturière punk anoblie par Elizabeth II. Il sait toujours surprendre. Agent provocateur semble sûr de résister à tous les Brexit. 

Il y a ici (enfin) de quoi se réjouir. Les commissaires de l'exposition «Undressed» se sont visiblement fait plaisir. Ils ont aussi pu bénéficier de nombreux prêts. Les Anglo-saxons se laissent facilement convaincre. «Miss Dita von Teese», pour reprendre l'intitulé de l'étiquette, avait déjà prêté sa robe de mariée l'an dernier. Elle a cette fois confié un de ses corsets, réalisé bien sûr par le grand spécialiste Mr Pearl. Son homme de confiance. Quarante et quelque centimètres de tour de taille. Un déluge de strass signé Swarowski.

Le phénomène Fifi Chachnil 

Comme pour «Shoes, pleasure and pain», le Victoria & Albert propose enfin quelques vidéos. Des créateurs ont été interrogés sur leur production. Il est permis de se morfondre un brin en entendant le monsieur guindé de La Perla. Il faut dire que tout ce petit monde se retrouve éclipsé par la Parisienne Fifi Chachnil, alias Delphine Véron. La dame possède trois boutiques à Paris et une à Londres. Elle mise sur la qualité, et donc le petit nombre. Ce qui la fait la plus rire est d'être installée rue Jean-Jacques Rousseau, «alors que le philosophe détestait tout ce qui était anti-naturel». Le seul regret que puisse avoir le public du V & A est que ses créations restent la plupart du temps invisibles! 

(1) Il y a aussi des pyjamas, des négligés ou des chemises de nuit, que l'on ne rangerait sans doute pas parmi les sous-vêtements sur le Continent.
(2) Une place est ainsi faite à la Belge Carine Gilson, qui œuvre à Bruxelles depuis 1990. Elle n'utilise que la soie et la dentelle de Calais. On s'arrache ses créations, pourtant fragiles.

Pratique 

«Undressed, a Brief History of Underwear», Victoria & Albert Museum, Cromwell Road, Londres, jusqu'au 12 mars 2017. Tél. 004420 79 42 20 00, site www.vam.ac.uk Ouvert tous les jours de 10h à 17h45, le vendredi jusqu'à 22h.

Photo (Victoria & Albert Museum): Le corset rouge des années 1880, qui tient ici la vedette.

Prochaine chronique le jeudi 6 octobre. Des bijoux asiatiques à la Fondation Baur de Genève.

 

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