Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/ Quarante pour-cent de moins pour les ventes de peinture moderne

Crédits: Julian Tallis/AFP

Moins 40 pour-cent. Dans son édition du 19 février, «Le Journal des arts» parle de «violent trou d'air» à propos des ventes de peinture impressionniste et moderne à Londres (1). Encore faut-il s'entendre non pas sur les chiffres, qui sont là, mais sur le sens à leur conférer. Il ne suffit pas d'asséner un coup de poing pour justifier un KO. 

Les chiffres, pour commencer. Christie's a engrangé 95.9 millions de livres le 2 février et Sotheby's 93,7 le 3 février. La première firme a écoulé le 75 pour-cent des lots, la seconde 71,7 pour-cent. Les taux de ventes peuvent se voir considérés comme normaux. Un 30 pour-cent de «ravalés», comme on dit entre initiés en France, n'offre rien d'inquiétant. On sait en plus que les intérêts des acheteurs tendent aujourd'hui à se déplacer sinon sur le contemporain, du moins sur le «post war».

Un moment d'expectative

La vérité, c'est qu'après des prix insensés au printemps 2015, qui ont culminé avec «Les femmes d'Alger» de Delacroix revues et corrigées par Picasso, la décrue arrive. Les pays du Golfe sont englués dans la crise du pétrole. Les Chinois affrontent un ralentissement économique. Les Américains se retrouvent pris dans une année électorale plutôt problématique. Demeurent les clients européens, par tradition moins enclins aux folies. 

Du coup, les vendeurs se tâtent. Ils réservent leurs chefs-d’œuvre pour des temps meilleurs. Restent sur le marché le produit moyen et ce qui a déjà été vu. Autrement dit ce qui apparaît moins désirable. «La leçon de musique» (1923) de Matisse est partie à «seulement»10,7 millions de livres sur une estimation de Sotheby's située entre 12 et 18 millions. Mais mieux vaut ne pas avoir trop regardé la toile, par ailleurs plutôt petite. On est très loin, devant cette scène de genre bourgeoise, du Matisse éclatant des années 1905 à 1915.

Reventes trop proches 

Continuons l'énumération. La «Tête de femme» (1935) de Picasso a été adjugée 18,8 millions de livres. Marie Potard assure que c'est peu dans «Le Journal des arts», mais il ne faut pas oublier que cette toile avait déjà passé en vente en 2013. Elle avait rapporté 25 millions, mais restait alors vierge sur le marché. Idem pour «Le miroir volé» de Max Ernst (1941). Il a «fait» 7,6 millions contre 11 en 2011. De telles pièces ne devraient pointer le bout de leur nez qu'une seule fois par génération. 

Rien de catastrophique donc. Le marché de l'art attend de voir ce qui va se passer. La BRAFA bruxelloise de janvier a du coup, elle aussi, moyennement marché. Les prochains tests seront la TEFAF de Maastricht à la mi-mars, les prestigieuses ventes new-yorkaises de mai et «Art/Basel» en juin. On verra bien ce qui se passera... ou ce qui ne se passera pas. 

(1) La peinture ancienne a correctement marché fin janvier à New York.

Photo (AFP): Deux employés de Christie's tiennent "La leçon de musique" de Matisse.

Texte intercalaire.

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