Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Le Turner Prize met en compétition les fesses d'Anthea Hamilton

Crédits: Tate Britain, 2016

Faut-il montrer ses fesses pour réussir? C'est selon. En politique, les déculottages restent d'un autre type. Dans le «show business», il faut arriver au bon moment. On sait qu'il en a beaucoup coûté naguère en France à Michel Polnareff pour un derrière à l'air pourtant inoffensif sur une affiche. 

On saura le 5 décembre si l'audace a payé pour Anthea Hamilton. Née en 1978, la dame est l'un des quatre candidats au Turner Prize 2016, qui se décerne cette année à Londres. Instaurée en 1984, cette compétition entretient en effet le suspense. On ne connaît le nom du lauréat (ou de la lauréate) qu'à la fin, ou presque. Il faut dire que le public fait parallèlement son choix sur place, à la Tate Britain, et qu'il ne serait pas bon de l'influencer. Le Turner bénéficie d'un véritable crédit moral, ce qui ne va pas sans polémiques. Mais la polémique, tout le monde sait ça, c'est bon pour l'audience médiatique.

Quatre artistes en lice 

Quatre artistes. Quatre jurés. La formule semble équitable. Cette année, après un énorme tri qui aura dû faire grincer bien des dents, Anthea Hamilton se retrouve face à Josephine Pryde, Helen Marten et Michael Dean. D'une manière générale, ce concours donne dans l'avant-garde, au moins depuis la fin des années 1990. Le quatuor présente donc des installations. Née en 1985, Helen Martin mélange créations artisanales et produits trouvés dans le commerce. Joséphine Pryde, qui est de 1967 (il n'existe pas ici cette absurde limite à 35 ou 40 ans caractérisant les prix continentaux), a fait sécher au soleil des objets posés au soleil de Londres, Berlin et Athènes (où il y en a davantage). En gardant leurs seules traces, elle a pratiqué une sorte de photogramme sur planches. Michael Dean, 39 ans, propose l'oeuvre la plus sociale. Entre quelques-unes de ses sculptures, il a versé une montagne de pennies en cuivre. Il y en a pour 20 436 livres. La somme minimale qu'il faut, selon le gouvernement, à une famille de quatre personnes pour vivre un an en Angleterre (1). 

Ce sont cependant les fesses d'Anthea qui ont le plus attiré les regards et qui se sont vues le plus généreusement reproduites dans la presse. Cette sculpture monumentale, qui monte presque jusqu'au plafond, est accompagnée d'un papier peint à motif de briques et de divers objets. L'artiste dit avoir trouvé son inspiration dans une photo montrant un modèle utilisé par le «designer» Gaetano Pesce. Il devait au départ s'agir d'une porte monumentale pour un bloc d'appartements à New York. Pudeur ou non, la chose ne s'est jamais vue matérialisée. Il s'agit donc d'une idée recyclée par une artiste se disant très influencée par la pensée d'Antonin Artaud. «Une connaissance physique des images». On n'est pas obligé de la croire. Images, mon cul!

(1) Le gouvernement me semble ici très optimiste.

Pratique

«Turner Prize 2016», Tate Britain, Millbank, Londres, jusqu'au 2 janvier 2016. Tél. 0044 20 78 87 88 88, site www.tate.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h. Le musée présente en outre le peintre Paul Nash, mort en 1946. J'y reviendrai. 

Photo (Tate Britain): Les fesses d'Anthea Hamilton. Déjà un succès médiatique.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."